Reprise en 2006 par Patrick Filet Coche, l’entreprise Bleu Vert à Saint-Marcellin s’est construite sur une exigence simple : le travail bien fait, sans sous-traitance. Après des années portées par le neuf, le marché a changé : nouveaux entrants, terrains plus petits, clientèle plus attentive et délais de paiement plus tendus. En 2025, c’est la rénovation qui a pris le relais. Un virage assumé par le cogérant de Bleu Vert, guidé autant par la réalité économique que par le vieillissement du parc. Entretien.
Vous avez un long parcours dans le secteur. Comment résumeriez-vous vos débuts dans la piscine ?
J’ai aujourd’hui 43 années d’expérience dans le milieu de la piscine. J’ai toujours exercé ce métier avec une approche très technique, en étant spécialisé dans la construction complète de bassins. Cette culture de terrain m’a également conduit à développer, au fil du temps, des solutions spécifiques. J’ai notamment mis au point un système de débordement sous margelle. Je ne l’ai pas breveté, mais nous l’avons utilisé pendant près de vingt ans sur des chantiers réalisés dans toute la France, essentiellement grâce au bouche-à-oreille. L’intérêt principal du procédé résidait dans son rendu esthétique : l’eau arrivait au plus près des margelles, ce qui supprimait la ligne d’eau visible.
Vous reprenez l’entreprise en 2006. Dans quel contexte et avec quelle orientation ?
En 2006, j’ai repris l’entreprise, alors constituée en SARL, à l’origine dirigée par un paysagiste qui réalisait ponctuellement des piscines coque. J’ai conservé le nom Bleu Vert et j’ai développé l’activité en veillant à affirmer une identité claire : nous réalisons principalement des piscines en structure maçonnée béton.
Les coques représentent une part marginale de nos réalisations. Nous travaillons uniquement avec du PVC armé et des systèmes de filtration standards, sable ou verre.
Comment le marché a-t-il évolué ces dernières années dans votre région ?
Le marché a connu une transformation nette. Depuis trois ans, de nombreux professionnels se sont positionnés sur la piscine, notamment des maçons ou des paysagistes. Cela a mécaniquement renforcé la concurrence sur le neuf et rendu ce segment plus difficile. Dans ce contexte, nous avons rééquilibré notre activité en faveur de la rénovation. Le vieillissement du parc de piscines constitue un levier important de chantiers de rénovation qui offrent, par ailleurs, une meilleure rentabilité.
Quelle place occupe aujourd’hui la rénovation dans votre activité ?
En 2025, la rénovation représente environ 80 % de notre volume, contre 20 % de construction neuve. En 2023 et 2024, la construction pesait encore autour de 40 %. Ce basculement correspond à une vraie tendance structurelle.
Le rehaussement du fond du bassin représente désormais au moins 80 % des demandes en rénovation
Quels types de rénovations réalisez-vous le plus fréquemment ?
Nous intervenons sur tous les types de bassins, qu’ils soient en béton, bois ou structure acier. Le plus souvent, nous rénovons le revêtement, remplaçons les pièces à sceller et modernisons les équipements, sans intervenir sur la structure lorsque celle-ci reste saine. Cependant, certains clients souhaitent aller plus loin : réduction de la surface, rehaussement du fond…
Ces demandes sont devenues très majoritaires et représentent au moins 80 % des projets de rénovation. Les clients n’y pensent pas spontanément, mais ils l’acceptent volontiers dès lors que nous leur suggérons l’idée.
Quelle est votre organisation interne ?
Nous sommes une structure volontairement resserrée, composée de trois personnes : mon associé, une secrétaire, également vendeuse dans notre magasin, et moi. Notre point de vente s’étend sur environ 70 m². Nous y proposons majoritairement des produits de traitement. La clientèle y vient à la fois pour l’achat, mais aussi pour le conseil, notamment sur la gestion de l’eau. Côté terrain, nous réalisons l’ensemble des prestations en interne, sans sous-traitance : terrassement, maçonnerie, pose de revêtement, mise en service. Cette autonomie est un choix stratégique et fait partie de notre identité.
Votre clientèle a-t-elle elle aussi évolué ?
Oui. La clientèle est aujourd’hui plus exigeante, notamment sur la qualité d’exécution. C’est une attente légitime. En revanche, les conditions de paiement se sont dégradées : les derniers règlements sont souvent difficiles à obtenir. Pour limiter ces situations, nous privilégions désormais un échéancier plus progressif, afin de réduire le montant du solde final et de sécuriser la fin de chantier.
Notre CA a légèrement baissé, mais nos marges ont augmenté
Comment qualifieriez-vous la saison 2025 ?
La saison 2025 a été particulièrement difficile. Le début d’année a été très faible, avec peu de perspectives de chantiers. Nous avons fonctionné sur notre base historique, et l’activité n’a réellement redémarré qu’à partir de la fin août.
Le magasin a, en revanche, maintenu un niveau de ventes équivalent aux années précédentes. Plusieurs facteurs expliquent cette saison : la concurrence accrue sur le neuf, une météo estivale instable durant les années précédentes, et un contexte général peu favorable. Notre chiffre d’affaires a légèrement diminué par rapport à 2024 où nous étions à 550 000 €.
En 2025, il se situe autour de 500 000 €, alors que nous avons connu de belles années avec des exercices à 600 000 voire 650 000 €. Cette baisse est toutefois compensée par une amélioration des marges, liée à la part croissante de la rénovation. L’entreprise reste donc équilibrée, et cette stabilité me convient.
Quelles prestations ont le mieux fonctionné cette année ?
La rénovation a clairement soutenu l’activité. Nous avons été sollicités pour de nombreuses pannes d’équipements, notamment de pompes. Or, sur des bassins anciens, le remplacement d’un élément révèle souvent un vieillissement général de l’installation. Les clients entretiennent peu tant que l’ensemble fonctionne ; lorsque la panne survient, cela conduit fréquemment à une rénovation plus large.
Avez-vous rencontré des difficultés spécifiques ?
Nous n’avons pas eu de difficulté majeure en matière de recrutement, notre structure étant limitée. Nous avons tenté de recruter il y a quelques années, mais les profils rencontrés ne correspondaient pas à notre vision du métier.
Côté fournisseurs, en revanche, la situation s’est tendue : les stocks sont réduits et nécessitent une anticipation plus importante des commandes.
En urbanisme, nous ne rencontrons pas de blocage particulier. Le changement le plus notable tient à la réduction de la taille des terrains, notamment en lotissements. Cela entraîne une demande croissante pour des bassins plus petits, là où les standards étaient autrefois plus grands.
Quelles sont vos attentes pour la saison prochaine ?
Nous restons très dépendants de la météo. Un été ensoleillé stimule mécaniquement les projets l’année suivante. L’été 2025 ayant été favorable, j’espère que cela se traduira par une reprise des demandes.
Et pour l’avenir ?
J’ai 61 ans et mon associé, 37 ans. La continuité de l’entreprise est assurée, et l’avenir est clairement organisé. Nous ne souhaitons pas, à ce stade, développer de nouvelles activités : l’entretien saisonnier pourrait être une piste, mais nous n’avons pas les ressources nécessaires et ce n’est pas une priorité stratégique.
Fiche entreprise
Date de création : 2001/ Reprise : 2006
Effectif : 3 personnes (dirigeant, associé, secrétaire/vendeuse)
Chiffre d’affaires 2025 : Environ 500 000 €













