Fin juin 2026, la FPP informait ses adhérents du possible retrait de l’assureur QBE du marché de la responsabilité civile décennale. L’assureur justifie son intention par une sinistralité en hausse dans un contexte de ralentissement de la construction, d’augmentation des coûts, d’allongement des délais et de multiplication des litiges. Cette nouvelle n’est pas arrivée comme un pavé dans la mare (ou dans la piscine) : elle revêt une certaine logique à l’heure où le changement climatique s’invite dans la gestion du risque des entreprises.
Entre alternance de sécheresses et de pluies intenses, retrait-gonflement des argiles, épisodes caniculaires plus précoces qui repoussent les délais de livraison, les pisciniers ont matière à interroger leurs pratiques, de la préparation des chantiers à leurs relations clients.
Nous avons donc sollicité la FPP à ce sujet. Jean-Michel Susini, directeur juridique, et Allegra Delmonte, ingénieure environnementale, ont partagé avec nous leurs réflexions sur deux questions au cœur de l’actualité :
- Comment mieux anticiper les risques liés aux sols ?
- Comment adapter les contrats aux aléas climatiques qui perturbent de plus en plus les chantiers ?
Mieux connaître la nature du sol pour mieux bâtir
L’augmentation des sinistres est-elle imputable au changement climatique ?
Les mouvements de terrain liés au retrait-gonflement des argiles sont devenus une préoccupation croissante. Si l’on suit la logique de QBE, ils impliquent des sinistres propres à déclencher la garantie décennale. D’où la question que nous avons posée à nos interlocuteurs de la FPP : quelle part de sinistres (dans le domaine de la piscine) est imputable aux effets du changement climatique ?
« Il est difficile de mesurer l’incidence de ce type d’événements climatiques sur la sinistralité, répond Jean-Michel Susini. La majorité des déclarations de sinistre reste aujourd’hui la conséquence d’un défaut de mise en œuvre. En revanche, une mise en œuvre conforme aux règles de l’art ne permet pas forcément d’échapper à un mouvement de sol lié au retrait-gonflement des argiles. »
Autrement dit, un bassin peut être construit en respectant certaines règles de mise en œuvre… sans que celles-ci suffisent à compenser un terrain inadapté qui aurait nécessité une étude de sol préalable. Or cette part d’incertitude, la FPP souhaite la réduire en permettant à ses adhérents d’améliorer leur pratique. Elle a d’ailleurs déjà commencé à travailler dans ce sens.
Comment les pisciniers peuvent-ils sécuriser leurs chantiers ?
À la FPP, le sujet des risques liés au sol et au changement climatique est clairement identifié. La nouvelle commission Construction, mise en place courant 2026, travaille à faire évoluer les référentiels et les outils mis à disposition des entreprises.
En partenariat avec un bureau d’études spécialisé, la FPP travaille à l’élaboration d’un processus permettant aux pisciniers d’évaluer plus facilement les propriétés mécaniques des sols avant le démarrage d’un chantier. Il devrait être proposé aux pisciniers de la FPP au cours du premier semestre 2027. L’objectif est de rendre accessibles des méthodes d’analyse habituellement déléguées à des spécialistes, grâce à des outils simples, accompagnés d’une aide à l’interprétation des résultats. « La finalité est d’alerter le professionnel sur un risque d’inadaptation entre le sol et l’ouvrage futur et, dans pareil cas, de conduire ce dernier à envisager les moyens techniques permettant d’y pourvoir, voire à renoncer (1) à l’opération si de tels moyens ne sont pas raisonnablement envisageables », explicite Jean-Michel Susini.
« Aujourd’hui, on est en train de se donner les moyens de mesurer ce que l’on ne savait pas mesurer jusqu’à présent, commente Allegra Delmonte. L’objectif de nos travaux est d’apporter une vision anticipée de la compatibilité entre le projet et les propriétés mécaniques du sol. »
L’ingénieure environnementale précise : « Cette démarche ne supprimera jamais totalement l’aléa, mais elle permettra de prendre des décisions plus éclairées avant de creuser et de construire. »
Par ailleurs, la réflexion des professionnels de la commission Construction dépasse le seul sujet des sols. Elle s’inscrit dans une volonté de révision plus globale des documents techniques de la profession, afin d’intégrer progressivement les effets du changement climatique, mais aussi les spécificités de la rénovation.
(1) Le devis doit alors être enrichi d’une clause conditionnelle.
On ne peut pas prévoir l’imprévu, mais on peut le contractualiser !
Un autre grand sujet lié au changement climatique est le déroulement des chantiers, et plus précisément la tenue des délais. En effet, ceux-ci sont tributaires de nombreux aléas dont les conditions météorologiques.
Quand la météo s’invite au planning…
Entre les fortes chaleurs qui rendent le travail physique en extérieur dangereux ou qui sont incompatibles avec certaines mises en œuvre (béton, colles, enduits…), les pluies abondantes qui empêchent d’avancer le chantier ou les arrêtés sécheresse qui interdisent le remplissage des bassins, respecter ses engagements peut relever du tour de force. Or, en tant que professionnel, le piscinier s’est engagé à tenir des délais. Dans un contexte où les clients sont de plus en plus procéduriers, l’enjeu, plus qu’organisationnel, devient juridique : litige, demande d’indemnisation, voire applications de pénalités (si prévues au contrat).
Devis et contrats : des outils de prévention et de médiation
« Si on veut adapter les pratiques à cette évolution climatique, il faut l’intégrer au contrat », affirme Jean-Michel Susini.
Il complète : « Le Code du travail définit la notion de journée d’intempérie, mais il en donne une interprétation très restrictive qui se révèle peu adaptée aux contraintes spécifiques d’un chantier piscine.
Dans ces conditions, rien n’empêche de définir contractuellement, dès le devis, des critères objectifs d’intempéries mieux adaptés aux contraintes techniques du piscinier et permettant de justifier d’éventuelles prolongations de délais : température minimale pour la pose d’un liner, conditions de séchage du béton, durée quotidienne des précipitations ou autres paramètres directement liés aux techniques mises en œuvre. »
En intégrant ces critères aux conditions particulières du devis, le piscinier explicite les situations dans lesquelles un chantier peut ralentir ou s’interrompre provisoirement et sensibilise par avance son client sur l’incidence des aléas climatiques qui, dès lors, deviennent contractuellement opposables.
« Ce que le client déteste, c’est être surpris. Si le piscinier l’a prévenu, s’il a contractualisé les risques possibles du chantier et que le client les a acceptés, cela se passe généralement bien », conclut le directeur juridique.
Planifier en intégrant davantage les nouvelles données météorologiques
L’anticipation se joue également au moment de l’organisation annuelle. Elle prendra en compte les périodes traditionnellement concernées par les arrêtés sécheresse, afin de planifier différemment certains chantiers. Même s’il est impossible de prévoir précisément les événements climatiques, intégrer ces risques dans l’organisation des travaux devient une nouvelle composante du métier de piscinier.
« On ne demande pas aux pisciniers de changer complètement leur manière de travailler. On leur demande de réfléchir plus globalement à leurs chantiers afin d’anticiper les problématiques qu’ils pourraient rencontrer », souligne Allegra Delmonte.
Notre monde change, et le marché de la piscine doit lui aussi s’adapter. Les prochaines années verront émerger de nouveaux savoirs, de nouveaux outils et de nouvelles recommandations techniques qui enrichiront encore le métier de piscinier. Cette évolution passera par l’innovation, mais pas seulement. Elle conduira aussi à remettre en lumière certains fondamentaux parfois oubliés et à les considérer au regard des évolutions en cours :
- observer davantage le terrain et la manière dont il se comporte face aux aléas climatiques récurrents ;
- anticiper des changements et intégrer des solutions en amont plutôt que corriger ;
- partager les retours d’expérience et renforcer la culture technique de toute la filière ;
- acter le besoin de transparence des clients et contractualiser au maximum l’imprévu pour éviter tout litige.









