Installé à Auenheim, Christophe Knoery dirige Les Piscines du Rhin depuis 2004. Dans une région où la rigueur technique n’est pas une option mais un prérequis, ce professionnel a su faire évoluer son modèle pour répondre aux nouvelles réalités du marché. Entre montée en gamme, influence « germanique » et virage vers la rénovation, il nous livre sa vision du métier à l’aube de la saison 2026.
Christophe Knoery, vous pilotez Les Piscines du Rhin depuis plus de 20 ans. Dans un marché alsacien réputé exigeant, quelle est votre « marque de fabrique » ?
J’ai créé l’entreprise seul en 2004, après avoir travaillé en Allemagne dans le traitement de l’eau des bains de Baden-Baden. J’ai commencé par le secteur public avant de me lancer dans le PVC armé en apprenant toutes les techniques de soudure. C’est ce qui a fait décoller la structure. Aujourd’hui, notre identité repose sur cette maîtrise interne : nous sommes presque les seuls dans le Bas-Rhin à souder nous-mêmes, là où beaucoup sous-traitent.
Pour valoriser ce savoir-faire, nous avons investi en 2025 dans un nouveau showroom de 500 m². C’est un espace d’exposition indispensable où les clients peuvent toucher les matériaux, découvrir les spas ou les saunas, et voir deux bassins en exposition pour se projeter et apprécier la qualité des finitions.
En Alsace, le profil est germanique : le travail doit être propre, carré et sans erreur.
Situé à quelques kilomètres de la frontière, ressentez-vous l’influence du marché allemand sur les attentes de vos clients ?
Absolument. Le profil du client alsacien est assez « germanique » : il cherche une filtration irréprochable, des locaux techniques carrés et un travail propre. Il n’y a pas de droit à l’erreur. Si le design n’est pas forcément dicté par l’Outre-Rhin — le marché allemand étant très polarisé entre le très haut de gamme (inox) et le low-cost — c’est surtout la rigueur d’exécution qui nous lie. Cette culture de la précision est ce qui nous permet aujourd’hui de nous démarquer.
2025 a été une année complexe pour le secteur. Quel bilan tirez-vous pour votre structure ?
Ce fut la pire année depuis mes débuts, avec une baisse de chiffre d’affaires marquée. Mais cela a accéléré une mutation naturelle de notre activité. Auparavant, nous étions sur un ratio de 70 % de neuf pour 30 % de rénovation.
Aujourd’hui, c’est l’inverse. Heureusement que nous maîtrisons le PVC armé ! Les fabricants ont fait d’énormes progrès sur les motifs, notamment avec les rendus 3D (effet marbre ou pierre). Le rendu est vraiment qualitatif. Les soudures sont bien plus discrètes que sur les coloris unis.
Comment s’annonce la saison 2026 qui démarre ?
Les signaux sont plus encourageants. Le carnet de commandes pour ce printemps remonte doucement et nous pensons retrouver un niveau d’activité proche de 2024. Il y a un certain attentisme dû à la conjoncture, mais les projets de rénovation restent solides. De plus, nous travaillons de plus en plus en partenariat avec des paysagistes qui nous confient la construction, ce qui crée une belle synergie locale.
On parle beaucoup du niveau des nappes phréatiques. Est-ce un frein à la construction en Alsace ?
Près du Rhin, la nappe est tellement haute que nous devons parfois attendre qu’elle redescende pour pouvoir terrasser ! Si la sécheresse a marqué les esprits il y a trois ans, aujourd’hui, le vrai frein est plutôt politique et administratif. Autour de Strasbourg, l’urbanisme impose des quotas de verdure sur des terrains de plus en plus exigus. On sent une volonté de mettre des barrières à la piscine.
Cela signifie-t-il que le marché alsacien bascule vers la « mini-piscine » ?
On nous présente souvent les petits bassins comme une solution d’avenir, mais dans les faits, notre clientèle reste fidèle aux beaux volumes. La taille moyenne de nos constructions demeure le 7×4 mètres, voire plus grand. Il m’arrive encore régulièrement de livrer du 10×4 mètres et je travaille actuellement sur un projet exceptionnel de 15×4 mètres.
Quelles technologies préconisez-vous pour répondre aux enjeux actuels ?
Notre standard de vente (90 % de nos bassins) repose sur le triptyque : Structure béton / PVC armé / Traitement automatique avec pompe à chaleur et volet immergé. Le volet est indispensable pour limiter l’évaporation et conserver la chaleur. C’est un équipement que nous mettons beaucoup en avant dans notre showroom.
Beaucoup de clients pensent qu’un électrolyseur dispense de toute surveillance. C’est une erreur qui peut coûter cher !
Pour une remise en route réussie en mai, quel est votre conseil d’expert ?
Attention à l’automatisation « aveugle » ! Beaucoup de clients pensent qu’un électrolyseur dispense de toute surveillance. C’est une erreur qui peut coûter cher : si vous laissez un électrolyseur produire du chlore sans sonde, sous un volet fermé pendant 15 jours, vous détruisez votre liner !
C’est une erreur que l’on constate malheureusement très souvent. Si elle représente pour nous une part importante de notre activité de rénovation, elle reste un investissement lourd et évitable pour les propriétaires.
Un dernier mot sur l’évolution du métier de piscinier ?
Aujourd’hui, le plus difficile pour un indépendant, ce n’est plus la technique, c’est le marketing, la communication digitale. Le bouche-à-oreille ne suffit plus. Il y a une réelle place à prendre pour des solutions mutualisées qui aideraient les artisans à gérer leur image et leur communication, afin que nous puissions nous concentrer sur notre vrai métier : construire et rénover des bassins.
Fiche d’identité Entreprise
Création : 2004
Effectif : 8 collaborateurs (2 secrétaires, 1 commercial, 4 techniciens)
CA 2025 : 1,5 M€
Réseau : Oasis Piscines & Spas











