Stigmatisée comme un symbole de gaspillage face aux enjeux sur la ressource en eau, la piscine est aujourd’hui au cœur d’un paradoxe. Et si, loin d’être le problème, elle devenait une véritable partie de la solution ? Dans cette seconde partie de notre table ronde Défis de l’eau (Cf. « Défis de l’eau : changer la perception de la piscine » – Enjeux Piscine n°10 – Nov./Déc. 2025), les experts de la filière partagent leurs réflexions et explorent des pistes de solutions pour remettre la piscine au cœur du cycle de l’eau de la maison.
Cette nouvelle table ronde organisée par la rédaction d’Enjeux Piscine, animée par Sébastien Carensac et Marjorie Modi, a accueilli 13 participants venus échanger et débattre sur ce sujet majeur pour la filière :
- Stéphane Toledano, piscinier – Espace Piscine 66
- Andréa Lapasset, piscinier – Normandie Piscines (14)
- Xavier Fourel, réseau – Aquilus
- Denis Choplain, réseau – Mondial Piscine
- Jérôme Chabaudie, distributeur – Aello
- Nicolas Chaze, industriel – CF Group
- Patrice Martin, industriel – Hayward
- Mikaël Lie, industriel – ACWA
- Jérémie Perchoc, industriel – ESPA
- Christophe Morissonneau, industriel – Abridéal
- Wilfried Vaity, industriel – APF Pool Design
- Bellal Abessine, Greta-CFA Port-de-Bouc (13)
- Jean-Michel Susini, fédération – FPP
La table ronde s’est tenue en visioconférence le 9 octobre 2025.
Enjeux Piscine : Comment transformer la contrainte sur l’eau en véritable opportunité pour l’avenir de la filière ? Avec quels arguments et à quels coûts ? Et comment encourager l’adoption de ces solutions par les professionnels et les particuliers ?
Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) remarque que « le nerf de la guerre, c’est l’argent. Quand on envoie le devis au client et qu’il voit ce qu’il va payer pour de l’eau, il va vite faire le distinguo entre le coût du renouvellement d’eau et l’investissement dans une rénovation lourde ».
Jérôme Chabaudie (Aello) rappelle que l’utilisation des eaux de contre-lavage est encadrée par un décret : « Si elles peuvent être réutilisées pour un usage extérieur, le législateur n’autorise pas le remplissage des bassins.
Je pense que nous sommes confrontés à des problématiques de traitement, car un simple traitement mécanique peut s’avérer insuffisant au regard de tout ce que contient l’eau de la piscine.
En revanche, stocker les eaux de contre-lavage, en tant qu’eaux grises pour l’alimentation des sanitaires ou autres utilisations définies par décret, permettrait à la piscine de retrouver sa logique de point d’entrée dans le cycle vertueux de l’eau de la maison.

Le nerf de la guerre, c’est l’argent
Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc)
Ensuite, sur le problème économique : quand un client veut une piscine d’une certaine dimension, ne doit-on pas l’orienter vers une solution complète avec un budget identique en réduisant la taille du bassin ? Cette approche permettrait de répondre à la problématique de l’emprise au sol de la cuve de stockage, même enterrée, tout en préservant l’espace jardin.
Enfin, un levier qu’il faudrait actionner est celui des subventions accordées par certaines collectivités pour l’installation de cuves de récupération. Ne serait-il pas judicieux d’en faire systématiquement la demande ? Car le Français investit peu s’il n’est pas contraint par la loi ou s’il ne bénéficie pas d’une aide.
Nous avons un travail pédagogique à mener auprès de nos clients, mais un coup de pouce des collectivités serait le bienvenu.Le vrai problème, reste l’absence de solutions proposées à nos interlocuteurs institutionnels et de formations à leur niveau sur le cycle de l’eau dans son ensemble et la place de la piscine. »
Stocker les eaux de contre-lavage […] permettrait à la piscine de retrouver sa logique de point d’entrée dans le cycle vertueux de l’eau de la maison
Jérôme Chabaudie (Aello)

Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) ajoute : « Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que des piscines privées, mais il faut aussi évoquer les piscines collectives, qui sont soumises à une réglementation très stricte en matière de renouvellement d’eau. Ces établissements doivent renouveler un certain volume d’eau par jour et par baigneur, ce qui représente des quantités sans commune mesure avec celles d’un particulier.
Quelqu’un aurait-il une solution ou un chiffre sur le différentiel des pertes d’eau du secteur public par rapport à celui des particuliers ? Depuis le début de nos échanges, on parle beaucoup des « petits clients » sans aborder le cas des grandes institutions. »
« La législation est effectivement différente, avec l’obligation de renouveler 30 litres par jour et par baigneur », répond Patrice Martin (Hayward). « Nous constatons que de plus en plus de municipalités engagent une démarche volontaire et vertueuse de récupération de cette eau pour le nettoyage des rues ou, après traitement, pour l’arrosage des jardins publics, afin de ne pas la gaspiller.»
Nicolas Chaze (CF Group) complète : « La réglementation, créée il y a longtemps, devrait évoluer, car elle n’est plus en phase avec la maîtrise technologique actuelle, qui permet d’obtenir une eau de qualité sans renouveler ces 30 litres par jour et par baigneur.
Cela m’amène à une réflexion sur les circuits courts. Patrice évoquait la réutilisation de l’eau pour le nettoyage des rues ; j’ai un autre exemple à l’esprit avec la piscine publique de Chartres-de-Bretagne. Elle dispose de deux systèmes de chauffage, l’un au gaz et l’autre par chaudière à bois. Économiquement, le bois est plus avantageux, ce qui les a conduits à envisager le recyclage local, puisque la commune récupère le bois des arbres coupés sur son territoire. Au niveau du secteur public, il y a donc toute une réflexion à mener sur le recyclage et les circuits courts. »
Et de s’interroger : « Puisqu’aujourd’hui, lors du dépôt d’un permis de construire – c’est fréquent dans le Sud-Est – on est tenu d’installer une cuve de récupération pour compenser la surface imperméabilisée sur le terrain, pourquoi nos piscines ne deviendraient-elles pas ces réserves d’eau ? Les architectes cherchent désespérément où placer des cuves de plusieurs dizaines de mètres cubes, alors que nous stockons déjà cette eau dans nos bassins ! »
« Le fondement de ce type d’exigence est la compensation pluviale » explique Jean-Michel Susini (FPP). « On estime qu’à partir du moment où l’on artificialise, il faut créer un moyen de récupération et démontrer ensuite que l’on peut infiltrer les sols avec l’eau recueillie.
Pour ouvrir une brève parenthèse à ce sujet, si vous vous souvenez du fondement de la ZAN (Zéro artificialisation nette), j’ai assisté à des réunions de travail réunissant des ministres, des sénateurs et des parlementaires qui étaient tous convaincus d’une nécessité impérieuse : artificialiser devait être conditionné à une compensation à peu près équivalente. Un mètre carré artificialisé supposait donc un mètre carré renaturé, ce qui confine à l’aberration tant la contrepartie est hors d’atteinte (notamment par manque de surface à renaturer).
En ce qui concerne la consommation des piscines à usage collectif, les pouvoirs publics ont, suivant les dispositions d’un arrêté ministériel du 19 décembre 2025 (modifiant Code de la santé publique), remplacé la vidange annuelle obligatoire des piscines à usage collectif, par une obligation de vidange, seulement en cas de non-respect d’indicateurs de vieillissement ou de dégradation des eaux de piscine fixés par arrêté du ministre chargé de la santé.
Par ailleurs, l’arrêté précité prévoit aux termes de son article 14, que les eaux de lavage des filtres pourront, sous certaines conditions et après avoir fait l’objet au moins d’une microfiltration, être réutilisées, notamment, pour le lavage des filtres, ainsi que pour l’alimentation des bassins de piscine et des pédiluves.
Enfin, l’article 7 de ce même arrêté qui élargit le périmètre des moyens de traitement, prévoit, notamment et sous conditions, l’utilisation de l’ozone généré in situ à partir d’oxygène, ainsi que les procédés d’électrolyse qui génèrent du chlore actif in situ, sous réserve que le procédé :
- soit indépendant du circuit d’eau de la piscine ;
- permette de stocker le produit désinfectant en quantité et en qualité suffisante pour assurer en permanence la désinfection de l’eau des bassins. »

Dans les PLU, la piscine est considérée comme une surface constructive imperméable
Andréa Lapasset (Normandie Piscine)
Pour Andréa Lapasset (Normandie Piscine) : « Le problème, c’est qu’aujourd’hui, dans les PLU, la piscine est considérée comme une surface constructive imperméable ». Nicolas Chaze (CF Group) analyse : « Si l’on se projette dans le temps en envisageant la piscine comme un réservoir d’eau pour l’habitation, et si demain l’eau de contre-lavage peut être réutilisée dans les toilettes des habitations, il y a peut-être une réflexion et un travail à mener avec les autres acteurs de l’habitat. Ce serait peut-être un moyen d’avancer et de donner une direction aux pisciniers.
Face à un client final qui veut construire une maison, cela leur permettrait de lui montrer qu’avoir une piscine a du sens, non seulement pour les bienfaits de la baignade et le rafraîchissement dans un contexte de réchauffement climatique, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans un environnement plus global, rattaché à l’habitation. »
Envisager la piscine comme un réservoir d’eau pour l’habitation
Nicolas Chaze (CF Group)

Enjeux Piscine : Cela signifierait-il que le piscinier doit intégrer à ses projets de construction et de rénovation toute la partie relative au raccordement au réseau de la maison ?
« Il y a peut-être des réflexions à mener avec des plombiers et des électriciens sur la manière d’envisager la piscine comme une partie intégrante de l’écosystème de l’habitation, afin de mutualiser certaines ressources. » suggère Nicolas Chaze. « Lorsqu’on construit une maison neuve, il est assez simple de prévoir des réseaux indépendants.
Pour les maisons existantes, c’est en revanche plus complexe. Mais, dans un contexte réglementaire plus contraignant obligeant à la récupération et à la réutilisation de l’eau, sortir du seul cadre de la piscine pour se positionner de façon plus globale, en interaction avec le bâtiment, serait un moyen de changer de posture, non ? ».

Il nous faut trouver des solutions réalisables à des coûts acceptables.
Wilfried Vaity (APF Pool Design)
« Ce serait intéressant pour agir sur le marché de la construction », souligne Wilfried Vaity (APF Pool Design). « Mais il nous faut aussi trouver des solutions pour le parc existant : le véritable moteur de notre activité reste la rénovation, et le parc est important. C’est donc là qu’il nous faut trouver des solutions réalisables à des coûts acceptables. »
Jean-Michel Susini rebondit sur le sujet : « Le parallèle entre l’habitat et ses annexes, dépendances ou extensions, est effectivement intéressant. Je milite depuis quelque temps pour que nous adoptions une approche de bâtisseur dans le cadre de la conception de la piscine et de ses équipements.
Cette culture du plan fait défaut à nos métiers ce qui est, me semble-t-il, regrettable, autant que préjudiciable. Et la première étape, c’est le schéma de conception, qui devrait être établi avant la construction de toute piscine.
À cette fin, il est indispensable de donner à nos adhérents les moyens d’élaborer – sans que ce soit une contrainte insurmontable – un schéma de conception détaillant sous forme de vue en éclaté, la position des réseaux non-apparents (hydraulique, chauffage, électricité, drainage), ainsi que quelques détails de la structure et de l’éventuel sous-œuvre.
Un tel schéma permettra, à tout moment, de savoir où l’on en est : qu’il s’agisse du travail de l’expert, du SAV, de l’entretien ou de la rénovation.Une telle rigueur ne peut qu’améliorer le travail de tous les professionnels et des satellites qui gravitent autour de nos métiers, tout en crédibilisant le professionnalisme de nos adhérents. »

La première étape, c’est le schéma d’exécution qui doit être réalisé avant la construction d’une piscine
Jean-Michel Susini
Pour Stéphane Toledano (Espace Piscine 66) ce plan d’exécution « pourrait simplifier notre travail, mais aura forcément un coût pour le particulier ». Il partage une anecdote : « Lorsque j’ai voulu faire construire ma maison, avant même de lancer les travaux, j’ai dû réaliser une étude de sol, faire appel à un ingénieur béton, commander une étude thermique et solliciter un architecte pour à peu près tout valider. Je n’avais pas encore mis un coup de pelle sur le terrain que cela m’avait déjà coûté près de 15 000 euros.
Le plan d’exécution n’est pas un problème en soi, mais c’est d’après moi une surcouche qui va nous ralentir sur plusieurs points alors que les Français veulent toujours leur bassin. Je n’ai jamais réalisé autant de devis que cette année. Le vrai problème c’est qu’il y a un frein politique. Tout le monde attend, et nous les premiers : on ne fait aucun investissement, on n’embauche personne, on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé, alors que la demande est là.
Ce plan d’exécution pourrait simplifier notre travail, mais aura forcément un coût pour le particulier
Stéphane Toledano (Espace Piscine 66)

Andréa Lapasset (Normandie Piscine) le rejoint : « Il est important d’avoir des plans dès le départ, mais on ne cesse d’ajouter des contraintes, comme bientôt la récupération d’eau. Le problème, c’est que cela finit par freiner les projets, même si la demande est réelle. »
Enjeux Piscine : Tout ce dont vous avez parlé relève de contraintes qui, comme vous l’avez tous souligné, sont désormais bien réelles, comme le recours à un hydrogéologue.
L’objet de cette table ronde étant d’arriver à identifier des opportunités pour la filière, si la première étape était la réalisation d’un plan d’exécution intégrant le bassin à la parcelle dès sa conception, cela ne permettrait-il pas aux professionnels de s’ouvrir de nouveaux marchés intéressants, notamment en réalisant eux-mêmes les connexions aux réseaux de la maison, et de faciliter l’adaptation du parc à terme ?
Jean-Michel Susini (FPP) : « Au-delà de l’opportunité immédiate – et je suis en mesure de l’apprécier en tant que juriste – le schéma de conception offre une perspective d’économies très significatives à terme, ne serait-ce qu’en raison du fait qu’il pourrait permettre d’éviter certains travaux invasifs, quelquefois entrepris par l’expert appelé à intervenir sur un ouvrage, sans savoir où se trouvent les réseaux, ni ce qui a été fait (ou pas) en sous-œuvre.
Le fait de disposer d’un schéma radiographique de l’ouvrage, ferait gagner du temps à tous les intervenants : en réparation (garantie ou non), en rénovation comme en entretien. Il s’agit simplement d’assumer ses responsabilités, d’être clairet d’annoncer : « Voilà ce que je fais, voilà où se trouvent mes réseaux, mon dispositif de drainage, etc. ».
Le schéma d’exécution représente des économies très significatives à terme
Jean-Michel Susini (FPP)
« Cela ne doit coûter cher ni au professionnel, ni au client. Il faut un logiciel qui permette, moyennant quelques euros par plan, d’intégrer les éléments – dimensions du bassin, emplacement des réseaux, sous-œuvre, drains, etc. – et, grâce à l’IA, de dresser en quelques secondes une vue éclatée du projet, sans que cela nécessite trop de temps ni d’argent. À terme, en revanche, les économies réalisées seront, selon moi, considérables. Je travaille sur le sujet. ».
Pour Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) : «Il y a un changement de génération. Les jeunes d’aujourd’hui voient les choses différemment et seront peut-être, demain, des pisciniers différents de ceux d’aujourd’hui. De la même manière, les consommateurs de demain pourraient avoir une sensibilité et une approche différentes en termes de dépenses, de priorités et de valeurs. »

La professionnalisation passe par la formation et la sensibilisation, mais aussi par les outils comme les plans d’exécution
Xavier Fourel (Aquilus)
« Et plus nous professionnaliserons le métier et plus celui-ci évoluera positivement. » explique Xavier Fourel (Aquilus). « La professionnalisation passe par la formation et la sensibilisation, mais aussi par les outils comme les plans d’exécution. Cela nous permettra d’échanger d’égal à égal avec les autres métiers du bâtiment, sans être déconsidérés sous prétexte que nous sommes dans le secteur du loisir et que nous faisons les choses « comme ça vient ».
Notre métier, en tant que réseau, est de participer à professionnaliser la filière pour que le consommateur ait face à lui des interlocuteurs d’une crédibilité totale avec une expertise pointue ».
Les jeunes sont les porte-parole des avancées techniques et normatives et ils représentent l’avenir
Denis Choplain (Mondial Piscine).

« C’est un vrai challenge de continuer sans cesse à professionnaliser un réseau », poursuit Denis Choplain (Mondial Piscine). « Bill a raison, d’une manière générale, beaucoup de pisciniers raisonnent à l’ancienne, qui perçoivent la technologie comme une contrainte. Il nous faut attirer dans les entreprises des jeunes alternants issus des écoles de la piscine, où les industriels promeuvent leurs nouvelles technologies et éveillent la curiosité des élèves.
Une fois en entreprise, ces jeunes sont les porte-parole des avancées techniques et normatives et ils représentent l’avenir. » Ce que confirme Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) : « Formez-vous ou faites former vos équipes dans les centres de formation. Je rencontre parfois des pisciniers de longue date qui ont des arguments quelquefois totalement dépassés, ou des objectifs trop centrés sur leur seul univers, ce qui est dommage. »
Enjeux Piscine : Nous avons abordé de nombreux sujets, notamment les solutions techniques ainsi que leur coût. Comment transformer cela en opportunités, en tenant compte des contraintes financières des clients, mais aussi des impératifs d’apprentissage et de développement des compétences des professionnels sur le terrain ?
Mikaël Lie (ACWA) : « Je voulais d’abord évoquer un point beaucoup plus léger. J’ai une piscine chez moi et, malgré ma bâche à bulles, le nombre d’oiseaux qui viennent s’abreuver est impressionnant : il y a constamment des pigeons, des tourterelles et divers oiseaux, sans parler des hirondelles qui passent au ras de l’eau.
Cela peut paraître un détail, mais si je l’évoque, c’est parce que nous sommes décriés par nos amis écologistes. Le propriétaire d’une piscine est perçu comme le vilain petit canard qui ne respecte rien et qui n’en a rien à faire de l’écologie, de la nature ou de l’eau, alors que ce n’est pas la réalité.
Je voulais aussi rebondir sur le cas de nos voisins étrangers. Certains pays rencontrent des problématiques d’eau bien plus importantes que la France. En Espagne, notamment en Catalogne, la situation est critique, mais la piscine n’y est pas désignée comme un problème. Nous faisons donc face à un souci typiquement franco-français. Pourtant, la ressource en eau existe. L’année a été très pluvieuse malgré la sensation d’un bel été caniculaire. Cela fait deux ans que nous sommes plutôt bien lotis en termes de pluviométrie, particulièrement en septembre dernier.

En Espagne […] la situation est critique, mais la piscine n’y est pas désignée comme un problème.
Mikaël Lie (ACWA)
Je pense que le véritable axe de travail est la communication. Les mesures prises à Rennes ont été relayées en boucle par les médias, et nous ne sommes peut-être pas parvenus à allumer des contre-feux suffisamment positifs pour répondre à ces discours. Il ne s’agit pas de minimiser le problème rennais, mais il faut bien au contraire le prendre très au sérieux pour le contrer. On nous fait beaucoup de mal alors que nous avons des arguments à faire valoir. Ce n’est pas une critique vis-à-vis de la FPP qui multiplie les communiqués de presse, mais cela manque de visibilité à mon sens. »
Jean-Michel Susini (FPP) à propos du manque de relais : « Anne-Claire Marquet, notre nouvelle déléguée générale, est absolument convaincue de l’intérêt de développer les relais d’opinion afin de lutter contre la stigmatisation tous azimuts qui touche les piscines. On peut espérer que la situation s’améliore assez rapidement, car elle y accorde une grande importance. »
L’état des nappes phréatiques en France, édité par le BRGM, […] est un indicateur de la pression médiatique à venir
Jérôme Chabaudie (Aello)

Pour Jérôme Chabaudie (Aello),« l’aspect communication est fondamental pour désamorcer ou anticiper les critiques. Pour ma part, je me sers d’un indicateur précoce : l’état des nappes phréatiques en France, édité par le BRGM, un organisme officiel reconnu.
Pour moi, c’est un indicateur de la pression médiatique à venir Si l’état des nappes se dégrade, il est évident que le sujet sera repris par les journalistes non spécialistes pour rappeler qu’il y a un problème d’eau en France, et que la piscine participe à ce problème.
Donc communiquons par anticipation pour « déminer le terrain ». Prendre un temps d’avance en nous appuyant sur ce type d’éléments incontestables doit devenir un impératif ».
Enjeux Piscine : Par quoi commencer ? L’installation de compteurs de débit ne pourrait-elle pas être la première étape pour identifier la consommation réelle ? L’objectif serait d’agir plus efficacement pour réduire les coûts, qu’il s’agisse de la consommation d’eau ou de l’optimisation des travaux, en rénovation comme en construction.
Cette mesure n’est-elle pas simple et peu coûteuse à mettre en œuvre ? En ouvrant les yeux du client sur sa consommation et sur les solutions que le professionnel pourrait apporter pour éviter les lavages inutiles et gagner en performance, ne pourrait-on pas l’inciter à investir dans des équipements supplémentaires, à commencer par un récupérateur d’eau de pluie qui pourrait couvrir les besoins annuels de sa piscine ?
Patrice Martin (Hayward) : « Il y a peut-être un parallèle à établir avec l’époque où les équipements de sécurité sont devenus obligatoires. Cela avait été vu comme un drame : on pensait que cela allait tuer la piscine et que les gens n’accepteraient jamais le surcoût lié à la barrière ou au volet.
En fait, nous nous sommes aperçus que cela avait été générateur de business supplémentaire et que cela n’avait pas freiné le développement de notre filière.Certes, la période était différente et le marché plus porteur, mais aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que ce que l’on craignait être fatal s’est révélé être un moteur de croissance. Il peut en être de même aujourd’hui, qu’il s’agisse d’installer un compteur sur une construction neuve, ou de sensibiliser le client lors du diagnostic préalable à un devis de rénovation, pour l’orienter vers des solutions plus vertueuses.

Il y a peut-être un parallèle à établir avec la loi sur la sécurité […] qui avait été génératrice de business supplémentaire et n’avait pas freiné le développement de notre filière
Patrice Martin (Hayward)
On peut, par exemple, réduire le volume des grandes piscines en raccourcissant les murs ou en remontant le fond, ou installer des équipements plus économes dans le local technique. Alors que le marché du neuf est plutôt en régression aujourd’hui, une rénovation d’envergure représente un chiffre d’affaires qui peut équivaloir à celui d’un bassin neuf.
Pour vous, constructeurs, c’est un excellent palliatif à la baisse de la construction neuve. » Ce que confirme Andréa Lapasset (Normandie Piscine) : « Cela permet effectivement de compenser la baisse de la construction par la rénovation, et ainsi de suite. »
Intégrer des compteurs d’eau […] permettrait d’avoir enfin une idée précise de la consommation réelle de chaque piscine.
Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc)
À propos des compteurs d’eau, Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) ajoute « qu’il serait bien de les intégrer dans tous les bassins, en neuf comme en rénovation. Puisqu’ils sont déjà obligatoires pour les piscines publiques, ils devraient l’être également pour les particuliers. Cela permettrait d’avoir enfin une idée précise de la consommation réelle de chaque piscine. »
« Le compteur peut également être connecté et relayer les alertes. » ajoute Denis Choplain (Mondial Piscine). « C’est évidemment un peu plus cher, mais les appareils les plus intelligents peuvent signaler une fuite ou une consommation d’eau anormale. En revanche, les imposer ou les rendre obligatoires est un peu plus délicat. »
Nicolas Chaze (CF Group) s’adressant aux pisciniers avec une question pratique : « Prévoyez-vous, à la construction, une arrivée d’eau dans le local technique pour remplir le bassin directement via la filtration ? J’avais l’impression qu’autour de moi, les gens se servaient plutôt du tuyau d’arrosage. Le fait d’installer ce dispositif par défaut avec un compteur permettrait de connaître la consommation réelle et renverrait une image de maîtrise du sujet. Dès lors, ce ne serait plus une contrainte ».
Une idée partagée par Wilfried Vaity (APF Pool Design) : »D’autant que, par-delà la maîtrise, cela indiquerait la consommation réelle. Les compteurs d’eau installés sur le circuit ne mesurent que le volume consommé par le contre-lavage, sans tenir compte de l’évaporation ni des appoints d’eau. »
Équiper les piscines d’éléments de récupération ou de compteurs […] prouverait que nous sommes vertueux dans notre consommation d’eau
Mikaël Lie (ACWA)
Pour Mikaël Lie (ACWA) : « Peut-être que nos piscines devront, à l’avenir, être obligatoirement équipées d’éléments de récupération ou de compteurs. Cela prouverait que nous sommes vertueux dans notre consommation d’eau.
Quant aux objets connectés, ils fournissent des informations précieuses, certaines régulations de niveau indiquant désormais le trop-plein. Ces produits permettent soit de lancer un backwash – en cas de fortes précipitations, plutôt que d’envoyer l’eau inutilement à l’égout via le trop-plein, elle est utilisée pour effectuer le contre-lavage du filtre –, soit de déverser l’excédent dans une réserve attenante.
Quelques centimètres de trop sur une surface de bassin représentent des centaines de litres que l’on peut stocker pour un appoint futur. Ces outils, filaires ou connectés, voire automatisés par une intelligence embarquée, seront précieux pour préserver l’eau lorsqu’elle tombe en abondance. C’est au piscinier de jouer le jeu avec son client. »
Demain le piscinier devra intégrer la gestion de l’eau
Mikaël Lie (ACWA)
Et il poursuit : « Comme le disait Patrice, si aujourd’hui le « package » d’un piscinier intègre obligatoirement la sécurité, demain il devra intégrer la gestion de l’eau. Qu’il s’agisse de l’installation de cuves de récupération d’eau pluviale ou de gestion des trop-pleins, les solutions sont multiples et pourraient permettre de s’engager sur la consommation d’eau annuelle de la piscine, preuves à l’appui. » Bill Abessine ajoute cependant que « le piscinier “lambda” craint parfois ces nouvelles technologies. Il préfère s’occuper de l’aspiration, du refoulement, de la filtration et du coffret électrique. Dès qu’on évoque les compteurs connectés ou les électrolyseurs permettant de suivre les paramètres de l’eau, il s’inquiète. »
« Le professionnel hésite peut-être, mais le consommateur est prêt, lui. » répond Mikaël Lie. « Nous constatons une vraie évolution du consommateur : la domotique et les objets connectés sont partout – dans les voitures, les volets ou le chauffage. Il devient même paradoxal de ne pas retrouver cette technologie sur un produit plutôt haut de gamme comme la piscine. Pour notre typologie de clientèle, il est surprenant de ne pas se voir proposer de solutions connectées.
D’ailleurs, les clients font souvent la démarche de les chercher par eux-mêmes, c’est devenu monnaie courante aujourd’hui. »Un constat partagé par Nicolas Chaze : « Je me souviens du salon de Lyon en 2020, où l’on nous présentait déjà ces innovations ; pourtant, aujourd’hui, nous continuons de fabriquer énormément de coffrets électromécaniques. Le marché évolue mais reste encore très ancré dans des technologies plus anciennes. Comme le soulignait Bill, l’enjeu réside dans la formation et l’intégration de la technologie. Le consommateur, lui, est déjà dans l’attente.
Mesurer précisément la consommation d’eau ou la performance énergétique donne du sens au produit
Nicolas Chaze (CF Group)
En tant qu’industriels, nous avons un travail à mener auprès des entreprises et des professionnels pour rendre cette technologie accessible. Le fait d’y associer des fonctionnalités liées à la préservation des ressources sera un véritable accélérateur : mesurer précisément la consommation d’eau ou la performance énergétique donne du sens au produit pour le client. Et cela permet de consolider des données pour démontrer l’engagement responsable de notre filière. »
Il existe un fossé entre l’offre de l’industrie, l’attente du client final et les possibilités du professionnel sur le terrain à mettre en œuvre ces produits
Denis Choplain (Mondial Piscine)
« Il existe cependant un fossé entre l’offre de l’industrie, l’attente du client final et les possibilités ou les capacités du professionnel sur le terrain à mettre en œuvre ces produits », relève Denis Choplain (Mondial Piscine). « Les industriels investissent en permanence en R&D, mais le professionnel peine à suivre les évolutions technologiques et à se former. Il a besoin d’un accompagnement quotidien, d’un appui technique sur le terrain, de SAV, etc., le tout porté par des commerciaux pointus. Sans ce soutien technique, cela ne marchera pas. »
La solution domotique est très recherchée par les utilisateurs pour une intégration du projet piscine dans un projet global d’aménagement de la parcelle
Jérémie Perchoc (Espa)

Pour Jérémie Perchoc (Espa), « La domotique se développe et crée une énorme opportunité pour les professionnels, puisqu’elle peut s’installer en neuf comme en rénovation. Comme nous l’avons évoqué, la solution domotique est très recherchée par les utilisateurs pour une intégration du projet piscine dans un projet global d’aménagement de la parcelle. Ils veulent une application pour gérer aussi bien leur volet que leur piscine et pouvoir les surveiller à distance. L’enjeu est que le professionnel puisse également y avoir accès pour assurer un suivi technique et agir au bon moment ; cela va lui permettre de développer son marché sans avoir à se déplacer systématiquement, notamment pour des interventions d’urgence quand il est déjà trop tard. »
« Cela fait longtemps que je travaille sur ce sujet et j’ai travaillé avec presque tous les acteurs » explique Stéphane Toledano (Espace Piscine 66). « Je pense même avoir été l’un des premiers à essayer de concevoir une piscine entièrement connectée, ce qui était d’une grande complexité à l’époque. Nous ne sommes pas bien formés, c’est une certitude. Pour le branchement, aucun souci, cela fonctionne toujours très bien au début. En revanche, quand le système tombe en panne, cela arrive toujours au mauvais moment, c’est-à-dire lors de la remise en route en début de saison.
À force, on finit par se dire que c’était très bien avec des boutons, mais je ne parle que pour moi. Il m’est arrivé si souvent de passer beaucoup de temps sur ces appareils que je me dis qu’au final, pour allumer une lumière ou le chauffage, c’est très simple. Le client n’a pas besoin de connaître le taux de chlore, de pH, de sel – des informations qu’il ne sait même pas lire – alors que sa piscine est à deux pas. On nous a vendu les avantages d’un parc connecté mais, pour avoir essuyé les plâtres, je dirais que c’est très bien pour recevoir des alertes sur les bidons de pH des piscines de résidences secondaires. Sinon, il faut admettre que parfois, on perd certains des bénéfices de la domotique. »
La domotique offre de nombreux avantages, mais la question de l’électronique demeure compliquée dans notre métier
Andréa Lapasset (Normandie Piscine)
Andréa Lapasset (Normandie Piscine) le rejoint : « La domotique offre de nombreux avantages, mais la question de l’électronique demeure compliquée dans notre métier, avec des locaux techniques en extérieur, dans des cabanons ou des garages. Les appareils y sont parfois éteints pendant de longues périodes et leur remise en route s’avère toujours un peu compliquée. C’est comme dans l’automobile, où la plus grosse problématique reste toujours l’électronique. De plus, il faut que notre personnel soit bien formé, presque davantage en électronique que sur le reste, et là encore c’est compliqué. »
« Le sujet de la domotique reste toujours très clivant », répond Patrice Martin (Hayward). « Mais d’une manière générale, la domotique est omniprésente dans la maison. Pour la piscine, elle peut être perçue comme un gadget lorsqu’un propriétaire de piscine s’en sert pour surveiller la température ou le taux de chlore de sa résidence principale depuis son salon, mais elle est avant tout un outil qui systématise cette surveillance.
Elle assiste au quotidien les professionnels dans la gestion à distance de leur parc de piscines. Même si elle demande un peu de temps, à l’installation ou lors des remises en services des bassins, elle en fait gagner beaucoup :
- Elle économise l’intervention de techniciens pour des modifications de paramétrages qui peuvent se faire à distance.
- Elle envoie, surtout, des alertes en temps réel en cas d’anomalie (dérive du pH ou de la désinfection, par exemple). Cela permet d’anticiper en intervenant rapidement avant que la qualité de l’eau ne se dégrade et évite la nécessité d’un traitement curatif. »
La domotique est avant tout un outil
Patrice Martin (Hayward)
À propos de la comparaison avec l’évolution des métiers de l’automobile, Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc) ajoute :« les mécaniciens aujourd’hui sont presque devenus des « semi-ingénieurs » que des techniciens en mécanique. Et on y vient dans notre domaine. »« Le débat n’est pas de savoir s’il faut ou non de la domotique au regard de la problématique qui nous occupe. » réplique Mikaël Lie (ACWA).
« Aujourd’hui, l’important est de mettre en avant l’existence d’outils capables de nous fournir des informations précises pour savoir instantanément si le niveau d’eau dépasse une consigne, que ce soit via des voyants sur les appareils ou par le biais de la domotique. Ensuite, libre à chacun de s’en servir ou non.
Les solutions proposées il y a cinq ans n’ont plus rien à voir avec celles d’aujourd’hui
Mikaël Lie (ACWA)
D’autant que les technologies se perfectionnent tous les jours : les solutions proposées il y a cinq ans n’ont plus rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Qu’on le veuille ou non, il faut vivre avec son temps. Je connais des personnes qui assuraient qu’elles n’auraient jamais de tablette alors qu’aujourd’hui elles ne peuvent plus s’en passer.
C’est la même chose pour internet : si la connexion est coupée, on est perdus, on ne peut plus rien faire. D’autant que le consommateur les utilise au quotidien. Si nous ne faisons pas la démarche d’y aller, lui le fera car il n’aura pas non plus le choix et que cela lui apporte du confort, y compris pour la gestion de l’eau de sa piscine. »
Il est crucial de proposer le bon produit, adapté aux attentes précises du consommateur, afin d’éviter des situations contre-productives pour l’installateur
Xavier Fourel (Aquilus Piscine)
Xavier Fourel (Aquilus Piscine) partage ce point de vue mais nuance : « En tant que réseau, nous nous situons à la charnière entre les fabricants et le consommateur final, par l’intermédiaire de nos concessionnaires. Quand ils portent le message, ils se retrouvent souvent pris en étau entre un client qui veut pouvoir faire beaucoup de choses sans en maîtriser les tenants et aboutissants, et des fabricants qui proposent des produits sans toujours en expliquer toutes les spécificités ni assurer la formation nécessaire. Il est aujourd’hui crucial de proposer le bon produit, adapté aux attentes précises du consommateur, afin d’éviter des situations contre-productives pour l’installateur. Nous sommes extrêmement vigilants sur ce point parce que certains de nos concessionnaires se retrouvent avec un « fil à la patte » vis-à-vis de leurs clients, à gérer des problèmes qu’ils ne maîtrisent pas, notamment juridiques concernant la protection des données. La formation et la prise de conscience des pisciniers qui sont au contact direct du client sont donc fondamentales et ne doivent pas être négligées pour éviter des écueils majeurs, car le consommateur n’a qu’un seul interlocuteur : l’installateur ! ».

Jean-Michel Susini (FPP) rejoint les propos de Mikaël Lie. « La domotique, en fin de compte, c’est l’intelligence artificielle de la machine. C’est la marche du temps et personne ne pourra y échapper. Elle évolue et ce qui paraît compliqué aujourd’hui deviendra plus simple. Mais il n’y a pas d’alternative à terme. »
« Je pense que nous confondons parfois les notions de domotique et d’électronique » estime Nicolas Chaze (CF Group). « Si l’on revient aux attendus des propriétaires de piscine : ils ne veulent pas être embêtés avec leur bassin ; ils veulent une eau chaude et de bonne qualité. Quant à leurs interactions avec leur piscine, ils veulent pouvoir ouvrir leur volet ou gérer l’éclairage mais cela a-t-il du sens de leur donner la vision du taux de chlore ou de pH ? Certainement pas. Ça ne devrait pas être un souci pour eux. La piscine doit être la plus intelligente possible pour fonctionner en toute autonomie. L’automatisation doit parvenir à rendre les choses simples et intuitives pour le consommateur. Et l’intérêt pour le professionnel est de pouvoir lui offrir du support ou du service grâce à la gestion à distance. Les retours d’expérience montrent que lorsqu’on complexifie, on aboutit à des systèmes qui fonctionnent parfois difficilement. Pour répondre à la question de départ sur les opportunités dans le contexte actuel, notamment sur la consommation d’eau, le pilotage intelligent de la piscine peut devenir un vecteur de développement aussi puissant que l’a été la sécurité en son temps. »
Le pilotage intelligent de la piscine peut devenir un vecteur de développement aussi puissant que l’a été la sécurité en son temps.
Nicolas Chaze (CF Group)
Bill Abessine ajoute: « Il est essentiel de ne pas confondre domotique et retour d’information. Comme tu le soulignais, Nicolas, savoir que le pH est à 7,2, 7,4 ou 7,6, ou que l’eau est à 26 °C, n’a finalement que peu d’intérêt pour l’utilisateur. Ce que le client recherche réellement, c’est de la gestion automatisée. Pour les pisciniers, il existe deux profils de clients : celui qui est branché tablette pour rechercher l’information et celui qui ne l’est pas. »
« La question de la domotique est importante et nous nous accordons tous sur le fait qu’il va falloir y passer, mais elle n’est pas toujours aussi évidente ni simple. » analyse Andréa Lapasset (Normandie Piscine). « Il existe souvent une différence entre la vision de l’industriel et la réalité du terrain après deux ou trois ans d’utilisation. La domotique ne dispense pas de réaliser des analyses d’eau pour vérifier que tout va bien.
On a beau avoir des remontées d’informations, il faut des techniciens pour aller vérifier sur place. Et objectivement, nous faisons évoluer notre métier et nous formons nos équipes, car il nous faut désormais des électrotechniciens. »
Il existe souvent une différence entre la vision de l’industriel et la réalité du terrain après deux ou trois ans d’utilisation.
Andréa Lapasset (Normandie Piscine)
« C’est toute la différence avec l’automobile » précise Xavier Fourel (Aquilus). « Le client amène sa voiture au garage, alors que dans notre secteur, c’est le professionnel qui se déplace chez le client. »
Nicolas Chaze (CF Group) : « Vu de l’extérieur, on s’imagine qu’une piscine c’est simple, alors que le piscinier doit être tour à tour maçon, plombier, électricien, il doit maîtriser la thermodynamique, la domotique et la chimie d’une eau dans laquelle on se baigne, ce qui ajoute une complexité phénoménale. Alors que pour une maison il faut un maçon, un électricien et un plombier.
D’où ces enjeux de formation et de maîtrise technique, avec des produits adaptés, parce que nous industriels, nous sommes peut-être un peu perdus sur la domotique à un moment. »Bill Abessine : « Il faut expliquer aux jeunes que le métier de piscinier est extrêmement vaste. Même s’ils n’utilisent qu’un tiers de ce qu’ils ont appris à la sortie de leur BP (Brevet Professionnel) ou de leur Titre Professionnel, ils auront ce socle de connaissances. Et certains professionnels auraient eux aussi tout intérêt à effectuer des « mises à jour » régulières de leurs compétences. »
Enjeux Piscine : Pour conclure cette table ronde sur les enjeux de l’eau, pourrait-on envisager dès la conception ou la rénovation du bassin, d’établir un plan d’exécution incluant des réservations à l’image des by-pass installés il y a 20 ans pour les pompes à chaleur ? Ne faudrait-il pas prévoir systématiquement l’installation d’un compteur d’eau et la possibilité de raccorder le local technique aux réseaux hydrauliques et d’évacuation de la maison en prévision d’une évolution des normes ?
Cela ne nous permettrait-il pas d’envoyer un message fort aux pouvoirs publics en montrant que la filière travaille sur le sujet, que les solutions concrètes existent et que la piscine, en s’intégrant dans une gestion parcellaire de la ressource, fait peut-être partie de la solution ?
Wilfried Vaity (APF Pool Design) estime qu’un point essentiel a été rappelé : « Pour porter un message crédible auprès des pouvoirs publics, nous avons besoin de données factuelles et chiffrées dont nous manquons encore. L’usage des compteurs n’est pas si démocratisé ni réellement adapté à la piscine d’aujourd’hui. Comment mesurer précisément la consommation quand le remplissage s’effectue via un robinet de jardin ? Doit-on faire la somme entre la consommation au robinet et le volume évacué lors des contre-lavages ? Ce n’est pas si simple. Il faut trouver ces solutions et les hiérarchiser :
- La communication est essentielle : il nous faut un « fil rouge » et de la récurrence.
- Des solutions techniques simples, implémentables massivement en construction comme en rénovation.
- La couverture, élément de sécurité obligatoire pour limiter l’évaporation de l’eau.
- Un travail sur le fond pour pouvoir utiliser cette réserve d’eau sur des circuits parallèles.
- Quant à la domotique, elle n’arrive pour moi qu’en bout de chaîne. Les retours des BtoC nous disent qu’elle n’est pas si simple et que les équipements installés ne sont majoritairement pas compatibles. Ce manque d’interopérabilité rend la domotique difficilement adaptable au parc existant.
Tout ce travail prendra des années ».
Pour porter un message crédible auprès des pouvoirs publics, nous avons besoin de données factuelles et chiffrées
Wilfried Vaity (APF Pool Design)
« Il faut aussi oser sauter le pas » intervient Bill Abessine (Greta-CFA Port-de-Bouc). « Plusieurs axes de travail intéressants ont été identifiés aujourd’hui » analyse Mikaël Lie (ACWA). « Je retiendrai plusieurs points essentiels. D’abord, la communication. À nous d’adopter une stratégie de communication de « contre-pied » face aux pool-bashing, en nous inspirant de ce que nous avons réussi avec la sécurité.
Pourquoi, demain, ne pas construire des piscines qui intègreraient un élément vertueux : compteur d’eau, couverture, système de récupération d’eau, régulation de niveau intelligente pour gérer les trop-pleins ou filtre de récupération des eaux de lavage, sans parler de la domotique. Et d’exploiter les données fournies par ces solutions pour les utiliser à bon escient, soit manuellement soit automatiquement. Nous devrions lister les solutions disponibles et nous imposer de les proposer aux clients afin de démontrer aux pouvoirs publics les évolutions technologiques du marché.
Pourquoi, demain, ne pas construire des piscines qui intègreraient un élément vertueux
Mikaël Lie (ACWA)
Et comme l’ont souligné les pisciniers présents, les Français ont envie de piscine. Ils veulent se faire plaisir et ne pas être pointés du doigt, être considérés comme de « vilains petits canards » qui gaspilleraient l’eau. Rappelons aussi que les 3 millions de piscines, avec leur 30 à 40 m3 en moyenne, sont autant de points d’eau qui constituent une importante réserve en eau.
Nous avons les arguments, il nous appartient de les recenser et de les mettre en avant de manière plus organisée car nous sommes tous dans le même bateau. »
Andréa Lapasset (Normandie Piscine) interpelle les intervenants concernant la législation sur les réserves d’incendie. « J’ai récemment été confrontée à une problématique locale : l’obligation d’installer une réserve d’incendie de 60 m3. La communauté de communes (via le PLU) refusait d’accepter la piscine comme une réserve d’incendie valable. » Question à laquelle répond Jean-Michel Susini (FPP) : « Il s’agit d’une réglementation locale spéciale. L’obligation d’une réserve d’eau incendie est généralement liée à l’obtention d’un permis de construire pour un bâtiment destiné à abriter des personnes ou des biens. Dans les secteurs sensibles, le PPR (Plan de Prévention des Risques) précise la nature du risque et les obligations qui en découlent. Cette réglementation ne confond pas une piscine et une réserve d’incendie. Quant aux pompiers, en règle générale, ils ne sont pas friands des piscines comme réserves officielles pour une raison technique : la puissance de leurs pompes est telle qu’elles aspirent tout, l’eau, le liner, etc. ».
Pour Nicolas Chaze (CF Group) : « Nous devons garder l’esprit ouvert et regarder ce qui se passe en dehors de la France pour voir comment le sujet y est traité et trouver des sources d’inspiration qui nous permettraient de faire évoluer notre communication. Nous devons cesser d’être sur la défensive et, au contraire, nous montrer fiers de notre capacité à nous projeter pour faire face aux enjeux de demain. Notre profession gère en France un stock de plus de 100 millions de mètres cube d’eau à proximité immédiate des habitations, en circuit court. On parle de récupération d’eau des toitures mais si l’on récupère l’eau à la surface des piscines, ce sont des millions de mètres carrés de captage supplémentaires.
Nous devons être capables de mettre en avant notre potentiel et notre capacité à contribuer à la résolution du problème. Si nous adoptions cette orientation, notre message pourrait gagner en force et les journalistes l’entendraient différemment. »
Jean-Michel Susini (FPP) élargit les perspectives :«Nos difficultés actuelles reposent sur un paradoxe : à l’échelle planétaire, la préoccupation concerne l’augmentation de la quantité d’eau par son changement d’état, de solide à liquide, avec des conséquences, dont l’élévation du niveau des océans. Le constat qui s’impose est que 97 % de l’eau sur Terre est salée. La France possède un littoral étendu (5 500 km en métropole et près de 20 000 km avec l’Outre-mer).
Si nous sommes des champions de l’épuration, nous n’évoquons quasiment jamais le sujet du dessalement, alors que nos voisins, comme à Barcelone, alimentent déjà 33 % de leur agglomération par ce biais. Le coût énergétique n’est pas négligeable mais a fortement diminué : en 1970, il fallait 20 kWh pour dessaler 1 m³ d’eau ; aujourd’hui, il n’en faut plus que 2 kWh. Cela reste important mais il faudrait mettre ce chiffre en perspective avec la consommation liée à l’épuration pour obtenir une vision objective. Le dessalement étant un marché en croissance exponentielle, pourquoi ne pas commencer à y réfléchir en France aujourd’hui ? »« Tout a été dit. » assure Xavier Fourel (Aquilus). « Nous devons transformer ce défi en opportunité. Comme le soulignait Nicolas, nous ne sommes pas la source mais la solution au problème, et nous devons communiquer dessus. »
Nous ne sommes pas la source mais la solution au problème, et nous devons communiquer dessus
Xavier Fourel (Aquilus)
Denis Choplain (Mondial Piscine) poursuit : « La communication est essentielle tout comme la pédagogie auprès du grand public, afin d’essayer de contrer ce “pool bashing”.
En second lieu, nous devons interagir davantage avec les communautés de communes au sujet de leurs PLU. Lors d’une intervention aux Assises de la Piscine à Nantes en 2024, une élue avait réalisé qu’elle pouvait œuvrer pour l’installation de volets ou couvertures plutôt que de limiter la construction des bassins. De plus, le marché manque de connaissances sur la récupération d’eau, notamment administratives ou juridiques.
C’est un des points sur lesquels doivent travailler les professionnels et des réseaux comme les nôtres. Enfin, à notre niveau, nous devons davantage pousser l’offre de produits vertueux. Chacun a un rôle à jouer. »
Chacun a un rôle à jouer
Denis Choplain (Mondial Piscine)
Jérôme Chabaudie (Aello) : « Nous existons au travers de la ressource qu’est l’eau. Tous nos produits et nos métiers en dépendent. Notre mission est de démontrer que nos professions intègrent cette problématique et que notre industrie est en phase avec les enjeux de notre temps.
Par exemple, sur la question des compteurs d’eau, même si leur installation n’est pas possible partout, commençons là où ça l’est. Si nous parvenons à constituer un parc de 50 000 ou 100 000 bassins capables de faire remonter de la data, nous disposerons d’un formidable outil de communication. Nous possédons le savoir-faire, il nous reste maintenant à le faire savoir. Puisque nous sommes pointés du doigt, nous devons nous montrer et répondre. Nous avons réussi le défi de la sécurité avec ses coûts inhérents qui ont fait peur au marché au préalable ; nous devons maintenant réussir le défi posé par celui de la piscine éco-responsable avec les contraintes qui y sont liées. Le problème de l’eau va se poser aussi dans les autres pays.
Si la France peut se positionner en pionnière de cette prise de responsabilités, ce serait un formidable signal. Nos détracteurs vont nous obliger à générer des réponses responsables et réfléchies qui leur permettront de se projeter dans le temps et leur démontrer qu’ils nous ont permis de devenir plus visionnaires et imaginatifs que les autres. »
Notre mission est de démontrer que nos professions intègrent cette problématique et que notre industrie est en phase avec les enjeux de notre temps
Jérôme Chabaudie (Aello)
« Pour ma part, je vais continuer à sensibiliser mes clients à la préservation de l’eau de leur piscine, continuer à utiliser des cuves pour mes chantiers, poursuivre des tests, à mon niveau, pour voir comment préserver l’eau au maximum, et faire attention à ma communication. » explique Stéphane Toledano (Espace Piscine 66).
Andréa Lapasset (Normandie Piscine) conclut cette table ronde : « Je vais axer mon travail sur les filtrations existantes, avec l’installation de pré-filtres centrifuges et la gestion des eaux de contre-lavage, en utilisant des filtres à cartouches ou des dispositifs permettant leur réutilisation. En complément, je vais m’équiper de systèmes de récupération et de stockage d’eau pour mes chantiers. »














