Depuis plusieurs années, le sujet des phosphates devient de plus en plus prégnant. Mais pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi les professionnels de la piscine doivent-ils absolument intégrer ce paramètre dans leurs analyses d’eau ? Et que conseiller à vos clients pour en éviter les conséquences ?
Décryptage.
Bien comprendre les phosphates
Que sont les phosphates ?
Les phosphates sont, avec l’azote et le potassium, l’un des éléments à l’origine de la croissance des plantes. Véritables nutriments, ils constituent la forme minérale du phosphore assimilable par les plantes et les algues, et vont contribuer à leur prolifération.
Comme la piscine est un écosystème fermé, les phosphates vont s’y accumuler inexorablement, favorisant le développement des algues.
Ces phosphates proviennent de sources variées :
- L’environnement : la pluie et le vent amènent du pollen, de la poussière et des feuilles, des matières organiques qui vont libérer des phosphates en s’accumulant et en se décomposant au fond du bassin.
- L’eau de remplissage : certaines eaux de réseau ou de puits contiennent naturellement des phosphates.
- L’entretien et la chimie : l’usage de nettoyants bon marché, de polyphosphates pour électrolyseurs ou de certains séquestrants augmente la concentration en phosphates de l’eau de la piscine.
- Les baigneurs : la sueur, l’urine, les résidus de cosmétiques (crèmes solaires) contiennent des composés phosphorés.
Orthophosphates ou organo-phosphates ?
Deux types de phosphates se retrouvent en piscine :
- Les orthophosphates, directement responsables de la croissance des algues.
- Les organo-phosphates, souvent introduits dans les piscines via les produits séquestrants calcaires ou métaux.
Or seuls les orthophosphates nourrissent les algues. Le problème, pour les professionnels, est que les tests mesurent le taux global en phosphates sans distinguer orthophosphates et organo-phosphates. Conséquence, si le test est réalisé, par exemple, après un traitement anticalcaire, le professionnel non averti risque de préconiser un traitement anti-phosphates inutile, ou au contraire de sous-estimer un vrai problème.
Le rôle de « super-engrais » des orthophosphates…
Les algues sont naturellement présentes dans l’air sous forme de spores. Dès qu’elles entrent en contact avec l’eau, elles vont se nourrir des phosphates présents dans le bassin et se multiplier d’autant plus rapidement que le taux de phosphates sera important.
Pourquoi parle-t-on des phosphates aujourd’hui ?
Le taux de phosphates est devenu un paramètre essentiel dans la gestion moderne des piscines.
Un contexte différent et un équilibre de l’eau plus fragile…
- Le changement climatique avec des températures d’air et d’eau plus élevées et des périodes d’utilisation des piscines qui s’allongent : avec des étés qui commencent en mai et se terminent en octobre, la fenêtre d’exposition de la piscine aux phosphates est beaucoup plus large.
- Des épisodes pluvieux plus intenses : les pluies violentes provoquent des ruissellements d’eau importants sur les pelouses (souvent chargées d’engrais phosphatés), les toitures, les terrasses et les plages (pollen, poussière, débris organiques) qui finissent dans le bassin, apportant une dose massive d’orthophosphates en quelques minutes.
- Une multiplication des vagues de chaleur : la chaleur accélère les réactions chimiques et biologiques dans la piscine. Dans une eau à 30°C, la population d’algues peut croître de manière d’autant plus exponentielle qu’elle contiendra un taux de phosphates élevé. La chaleur contribue également à faire perdre son efficacité au chlore au moment où le bassin en a le plus besoin.
- Des eaux plus dures dans lesquelles il est plus difficile de maintenir l’équilibre calco-carbonique : l’eau « surchargée » en carbonates et bicarbonates tend à rejeter le gaz carbonique (dégazage), ce qui fait naturellement monter le pH et précipite le tartre. Et plus le pH est élevé, plus le chlore perd son pouvoir désinfectant.
… et des problèmes d’eau plus fréquents pour vos clients
- Perte d’efficacité et surconsommation de chlore : si le taux de phosphates est élevé (au-delà de 500 ppb ou 0,5 mg/L), les algues se multiplient plus vite que le chlore ne peut les tuer. Vous avez beau ajouter du chlore, l’eau va rester trouble ou verte, les algues étant en « surrégime » de croissance.
- Le cercle vicieux du traitement des algues : le problème majeur en piscine est que comme les phosphates ne s’évaporent pas, leur accumulation va accélérer le développement des algues et inciter le technicien (ou le particulier) à réaliser un traitement curatif (algicide, chloration choc…) pour les éliminer.
En mourant, les algues vont se décomposer au fond du bassin et libérer à nouveau des phosphates dans l’eau, prêts à nourrir la prochaine génération d’algues dès que le taux d’algicide ou de chlore sera redescendu.
- Trouble de l’eau : après un traitement choc (chlore ou algicide), les algues mortes se décomposent et restent en suspension, rendant l’eau laiteuse ou trouble pendant plusieurs heures. Cette turbidité – qu’elle soit due aux algues ou à l’effet floculant d’un anti-phosphates – va fausser la lecture des analyseurs électroniques et des sondes de mesure (pH, Redox). Il est donc conseillé d’attendre que l’eau soit redevenue limpide avant de se fier aux valeurs affichées ou de remettre en route les régulations chlore/pH.
- Développement d’un biofilm dans les zones peu accessibles du bassin : un taux élevé d’algues va favoriser le développement d’un biofilm dans les canalisations, le filtre, certaines zones des pièces à sceller. Ce biofilm, résistant au chlore, va constituer un réservoir permanent de contamination en libérant régulièrement des micro-organismes et des phosphates dans l’eau, rendant les traitements curatifs insuffisants sans un nettoyage mécanique ciblé.
- Le piège des séquestrants : pour contrôler le développement du tartre, lié à la dureté de l’eau, il est nécessaire d’ajouter des séquestrants calcaires. Or la plupart sont des organo-phosphates qui vont fausser les résultats d’analyse. C’est pourquoi il est essentiel, lors de l’interprétation d’un test, de toujours tenir compte des traitements récents.
Comment mesurer les phosphates en piscine ?
Le taux de phosphates se mesure en ppb (b pour billion en anglais) – parties par milliard soit 1 mg/L = 1 ppm = 1 000 ppb -, et non en ppm (parties par million) comme la plupart des autres paramètres (chlore, alcalinité, cuivre, etc.).
Quand analyser les phosphates ?
- À l’ouverture du bassin : analyse systématique pour réduire le taux de phosphates dans l’eau et partir sur une base saine.
- Toutes les deux semaines pour vérifier le taux.
Conseil de l’expert : si la piscine a un problème récurrent d’algues malgré un bon taux de chlore et un pH équilibré, le coupable est presque toujours le taux de phosphates.
Les solutions pour l’analyse des phosphates
- Les bandelettes professionnelles.
- Les kits colorimétriques à base de bleu de molybdène.
- Les photomètres.
Attention de bien vérifier la limite maximale de détection de chaque solution d’analyse. Si le taux de phosphates se rapproche de cette limite, il est recommandé d’utiliser une solution avec une plage de mesure plus large.
Conseils pour une analyse fiable du taux de phosphates
- La propreté de l’éprouvette : les phosphates peuvent être partout (y compris sur vos doigts). Toujours rincer l’éprouvette avant de réaliser le test.
- L’eau trouble : si l’eau est très verte ou trouble, cela peut fausser la lecture optique. Il est parfois nécessaire de filtrer l’échantillon avec un filtre à café (par exemple) avant de l’analyser.
- Analyser les phosphates au bon moment :
- Si la piscine contient beaucoup d’algues : le résultat de l’analyse peut afficher un taux de phosphates bas, les algues ayant déjà consommé les phosphates nécessaires à leur croissance. Et plus il y aura d’algues dans la piscine, moins il y aura de phosphates mesurables dans l’eau, mais plus ils seront libérés par les algues lorsqu’elles mourront.
- Le lendemain d’un traitement choc : le taux de phosphates sera mécaniquement élevé, la destruction des algues libérant les phosphates qu’elles contenaient.
Comment se débarrasser des phosphates ?
À partir de 100 ppb (soit 0,1 ppm ou 0,1 mg/L), il est important de commencer à traiter la piscine contre les phosphates :
- Utiliser un produit anti-phosphates
Il va agir comme un floculant en se liant aux orthophosphates pour former un solide insoluble (un précipité) qui sera récupéré par le filtre.
- Brosser les parois et les pièces à sceller pour remettre les phosphates et les algues en suspension.
- Éliminer le biofilm dans les zones invisibles (canalisations, filtre, etc.).
Conseil : si la piscine est équipée d’un filtre à poche ou à cartouche, l’anti-phosphates agissant comme un floculant, il est recommandé de contrôler son degré de colmatage dans les jours qui suivent le traitement et, si nécessaire, de nettoyer la ou les cartouches.
À noter :
les phosphates nourrissent les algues, mais pas les bactéries. Les « algues » dites roses ou noires sont des bactéries contre lesquelles un traitement anti-phosphates sera inefficace.
9 conseils à donner au client pour éviter les problèmes d’algues dans sa piscine
En général, en piscine, il vaut mieux prévenir que guérir. Pour éviter que les phosphates ne s’accumulent dans le bassin et ne viennent participer au développement des algues :
- Propreté du bassin : vérifier et retirer quotidiennement les débris organiques (feuilles, pollen, herbe, etc.) à l’épuisette – ou avec un robot – et dans les skimmers et préfiltres.
- Équilibre de l’eau : maintenir un pH, TAC et TH équilibrés selon la balance de Taylor pour une efficacité optimale des produits et limiter le développement des algues.
- Après un orage, si les eaux de ruissellement se sont écoulées dans le bassin, vérifier le taux de phosphates.
- Produits de traitement : privilégier des séquestrants calcaires sans phosphates et plus généralement des produits sans additifs phosphorés.
- Qualité de l’eau de remplissage : tester l’eau du réseau ou celle du puits utilisé pour le remplissage (souvent plus riche en phosphates et en métaux que l’eau de ville).
- Traitement anti-phosphates régulier en prévention : appliquer une dose d’anti-phosphates une fois par semaine ou toutes les deux semaines pour éliminer les apports réguliers en phosphates et éviter de dépasser le seuil critique.
- Nettoyer le filtre régulièrement : un filtre encrassé libère en continu des phosphates par décomposition organique.
- Procéder à un nettoyage complet (détartrant, dégraissant, traitement anti-biofilm) au moment de l’hivernage ou, au plus tard, de l’ouverture de la piscine.
- Douche avant utilisation : recommander un passage à la douche avant la baignade.
Remerciements à Sebastian Poblete (Piscimar) et Laurent Azam (Gaches chimie)








