Après les années d’euphorie post-Covid, les entreprises de la piscine doivent composer avec un environnement devenu beaucoup plus instable : tensions sur les approvisionnements, évolution des attentes des clients, difficultés de recrutement, nouveaux concurrents et, aujourd’hui, épisodes climatiques de plus en plus fréquents et marqués. Pour Vincent Desvilles, dirigeant du Groupe Ambiances installé en Nouvelle Aquitaine, ces changements l’amènent à repenser son organisation sans renoncer à la qualité de service. Une adaptation permanente qui constitue désormais l’un des principaux enjeux de son métier.
Comment est né le Groupe Ambiances et quelles ont été les grandes étapes de son développement ?
Vincent Desvilles : L’entreprise a été créée en 1993 sous le nom d’Aqua Services. À l’origine, il s’agissait d’une structure artisanale implantée en Haute-Vienne, intervenant aussi dans les départements voisins. Nous avons été membre d’un réseau national jusqu’en 2006 avant de reprendre finalement notre indépendance.
En 2015, nous avons franchi un cap avec la reprise du fonds de commerce de Piscine Ambiances, notre principal concurrent, qui traversait de sérieuses difficultés après avoir connu plusieurs changements de propriétaires. Nous avons repris une vingtaine de personnes ainsi que le concept de construction en béton préfabriqué. Nous avons conservé son nom en tant que marque pour nos agences commerciales dédiées à la piscine.
Fin 2019, une nouvelle opportunité s’est présentée avec la reprise du concept de construction en panneaux modulaires béton de Caron Piscines. Reconnu depuis longtemps pour sa qualité, nous l’avons définitivement adopté depuis 2020, la grande majorité de nos réalisations neuves repose sur cette technologie. C’est aussi en 2019 et 2020 que nous avons ouvert deux nouvelles agences, une à Périgueux (24) et une à La Rochelle (17). Nous maintenons toujours une activité de construction sur mesure pour des bassins spécifiques de type débordement ou complexes.
Le Groupe Ambiances aujourd’hui ?
Le nom « Groupe » Ambiances pourrait paraître présomptueux pour une activité qui demeure principalement artisanale. Cependant, il regroupe plusieurs marques correspondant à chacune de nos activités : Piscine Ambiances pour la piscine privée et collective, qui compte quatre agences commerciales et un bureau d’études, Aquaticplay pour les activités d’espaces aquatiques avec en particulier nos jeux aquatiques Waterplay, Ambiance Bien Être pour la distribution et l’installation de spas, saunas et hammams –, et Piscine Caron pour la distribution avec son jeune réseau d’une douzaine de constructeurs de piscines.
Toutes ces activités et sites sont alimentés par notre base logistique et de production de 7 000 m² dont 2 500 m² couverts, qui demeure dans le Limousin. Nous comptons près de 110 collaborateurs et réalisons environ 500 chantiers par an – constructions et rénovations confondues – et aménagements d’aires de jeux aquatiques.
Comment se passe la saison 2026 à date ?
Nous avons enregistré un bon démarrage de nos magasins en avril et en mai, grâce à une belle période ensoleillée, qui s’est ensuite confirmée cet été. Pour la partie chantier, c’est un peu plus difficile : finissant de « digérer » la période post-Covid et ses fortes corrections depuis, cela nous a obligés à un ajustement de nos structures. Notre entreprise n’a pas échappé aux tendances du marché ces deux dernières années.
De plus, les restrictions totales d’eau nous compliquent très sérieusement la saison, ne nous permettant pas toujours de terminer nos chantiers sur cet été, tout en ignorant évidemment la date de levée de ces restrictions. Enfin, pour l’aspect positif, nous constatons une sérieuse accélération des demandes de devis depuis juin, plus ou moins qualifiées, augurant de prometteuses perspectives pour la saison à venir.
L’objectif de cette certification est d’apporter de la transparence et de solides garanties à nos clients, de dire et écrire ce que nous faisons, et de faire ce que nous disons.
Et sur le plan du recrutement ?
Notre entreprise s’appuie sur un noyau de collaborateurs présents depuis dix à vingt ans – dont certains sont de solides prescripteurs – qui s’est étoffé au fil du temps. Même si nous avons peu recruté ces deux dernières années, nous constatons que c’est toujours aussi difficile, et d’autant plus depuis le Covid. Le turnover est aussi plus important, et la fidélisation moins évidente. C’est un sujet qui concerne aujourd’hui toutes les entreprises. Présent dans le secteur de la piscine depuis plus de 30 ans, je suis de ceux qui considèrent que notre métier est un « métier passion ».
Contraignant par sa saisonnalité, il est extrêmement riche, avec de nombreuses spécialités, qui nécessitent souvent de la polyvalence. Nous continuons également à accueillir des apprentis ou alternants de certains centres de formation, mais les candidats sont extrêmement rares. Sans doute devrions-nous communiquer davantage sur nos métiers auprès des jeunes ou moins jeunes, à l’instar de certains collègues que je remercie.
Parlons à présent du marché de la piscine dans sa globalité. Comment l’analysez-vous ? Sentez-vous une évolution de la concurrence ?
C’est probablement l’un des changements les plus marquants depuis la période post-Covid. Nous constatons sur le marché la présence d’un grand nombre d’auto-entrepreneurs qui interviennent sur la construction, la rénovation, la pose d’étanchéités et d’équipements. Les plus sérieux d’entre eux ont une garantie décennale, qui est obligatoire, mais beaucoup trop n’en ont pas ; certains sont assujettis à la TVA, d’autres non ; un lieu d’accueil pour les clients ou pas, des obligations contractuelles… des charges très coûteuses qui nous différencient. Nos clients sont parfois troublés par les écarts de prix élevés entre nos entreprises et ces acteurs. La plupart le comprennent, mais cela crée trop fréquemment une concurrence déloyale. Ce statut qui, à l’origine, devait être un accompagnement pour les nouvelles entreprises, s’est maintenant installé durablement dans toute notre société, et nous devrons le prendre en considération.
Notre profession n’échappe pas à l’ubérisation de nos métiers, et nous en comprenons l’intérêt et certainement la nécessité pour certains distributeurs et fabricants, mais il va devenir urgent de distinguer les conditions commerciales par exemple, et sanctionner les pratiques incohérentes ou insuffisamment professionnelles pour notre filière.
Gérer des stocks n’est pas notre cœur de métier, mais c’est devenu indispensable pour sécuriser nos chantiers et garantir les prix et les délais annoncés à nos clients.
Adhérente de la Fédération des Professionnels de la Piscine, notre entreprise est devenue ce que je nomme une PME artisanale de par notre principal métier. La quantité ne faisant pas la qualité, nous sommes engagés depuis trois ans dans une démarche de certification Socotec – Propiscine, afin de faire reconnaître le professionnalisme de nos équipes, à l’instar de nos confrères qui ont initié la démarche et envers lesquels je suis pleinement reconnaissant. L’objectif de cette certification est d’apporter de la transparence et de solides garanties à nos clients, de dire et écrire ce que nous faisons, et de faire ce que nous disons.
Nous existons depuis un peu plus d’une trentaine d’années, mais pour autant, nous savons que rien n’est acquis. Toutes les crises que nous traversons – Covid, tensions internationales, inflation des matières premières, etc. – impactent notre façon de travailler, nous amènent à revoir constamment notre organisation, et nous obligent à nous adapter de plus en plus vite. Jusqu’en 2015-2016, nous avions généralement trois à quatre mois de visibilité en termes de chantiers. Au lendemain du Covid, nous avions plus d’une année de commandes d’avance, et connu une fulgurante croissance d’activité. Mais les « arbres ne grimpant pas jusqu’au ciel », nous sommes revenus aux volumes que nous connaissions avant cette période, tout en subissant d’énormes hausses tarifaires sur nos approvisionnements que nous continuons encore de subir cette année. Gérer des stocks n’est pas notre cœur de métier, mais c’est devenu indispensable pour sécuriser nos chantiers et garantir les prix et les délais annoncés à nos clients. C’est ce que nous faisons maintenant depuis 2020 pour plus de 5 M€.
Constatez-vous une évolution de la demande des clients, que ce soit sur le service, la construction ou la rénovation ?
En construction nous constatons, comme toute la profession, la réduction des tailles des bassins, mais les équipements prennent une place de plus en plus importante, les clients recherchant davantage de confort et de solutions innovantes. Ils sont aussi plus exigeants.
En rénovation, c’est parfois techniquement plus compliqué puisque nous intervenons sur nos réalisations comme sur celles de nos concurrents. C’est aussi ce qui en fait l’intérêt, étant en capacité de proposer des solutions de transformation complète, ce que nous faisons très fréquemment.
Quant au service, c’est la partie de notre métier que nous estimons la plus difficile en termes de gestion, compte tenu de sa saisonnalité. Nous gérons annuellement plus de 1 200 contrats d’entretien répartis sur nos quatre sites, et nous disposons d’un parc de près de 15 000 clients qui génèrent parfois de « trop » nombreuses demandes d’intervention. La très forte concentration de ces demandes sur une courte période rend l’exercice difficile, et nous devons poursuivre nos efforts, car nous estimons que nous sommes encore trop perfectibles.
Je suis d’une génération qui a suivi les recommandations de nos pairs : si la filtration et la circulation de l’eau ne sont pas performantes, la chimie ne s’y substituera pas.
Abordons maintenant le sujet principal de ce numéro : l’adaptation des pisciniers au changement climatique. Nous faisons face à des épisodes climatiques plus forts et plus fréquents. Cela entraîne des problèmes de sécheresse qui surviennent de plus en plus tôt chaque année. Que proposez-vous à vos clients comme produits et prestations ?
Depuis les débuts de Piscine Ambiances, nous nous préoccupons beaucoup de la filtration, de la circulation de l’eau puis de son traitement. Nous avons été parmi les premiers à installer des filtres multi-cartouches. Je suis d’une génération qui a suivi les recommandations de nos pairs : si la filtration et la circulation de l’eau ne sont pas performantes, la chimie ne s’y substituera pas. Notre démarche s’inscrit dans l’objectif final du client, en lui proposant une installation facile à gérer avec un minimum d’entretien et de manipulation : un nettoyage de filtre par an est généralement suffisant, c’est l’engagement que nous prenons, et que nous garantirons dans un proche avenir.
S’agissant du problème de l’économie de l’eau, notre Service Recherche et Développement a développé une solution exclusive : l’Éco-Réserve® de Piscines Caron. Associée à la construction et parfaitement intégrée, c’est une extension enterrée de la piscine la rendant invisible, qui demande moins d’une journée de travail supplémentaire, et qui permet d’obtenir une réserve d’eau rendant la piscine pratiquement autonome en consommation d’eau si l’on se réfère aux outils de la FPP. L’eau du trop-plein est canalisée dans la réserve pour la réutiliser selon le besoin, réduisant ainsi considérablement la consommation d’eau potable. Un dispositif automatique réinjecte quotidiennement l’eau de cette réserve dans la piscine afin de la filtrer et de la traiter, évitant ainsi tout dérèglement ou perturbation du traitement. Avec nos tout nouveaux moules de préfabrication de parois en béton armé Caron, nous espérons pouvoir réduire encore le prix de cette solution, qui suscite chez nos clients un intérêt croissant en période de restriction d’eau.
Nous proposons également des couvertures de bassin, notamment un volet roulant immergé exclusif, comme le Smart Cover de Caron, qui permet de limiter considérablement les déperditions d’eau et de chaleur, tout en étant discrètement encastré sous la terrasse.
Fiche d’identité entreprise :
- Création : 1993 (Aqua Services)
- Effectifs : 110 collaborateurs
- Quatre agences commerciales chacune d’environ 1 000 m², un site logistique de 2 500 m² + 5 000 m² extérieur
- Chiffre d’affaires : 18 M€









