Entreprise familiale implantée dans le Gers (32) depuis plus de trente ans, Piscines Bernard Béoustès s’appuie sur ses propres équipes pour mener ses chantiers de A à Z. Cette organisation lui permet de garder la maîtrise de ses interventions et de répondre rapidement aux demandes de ses clients. Elle constitue aussi un atout pour s’adapter aux contraintes auxquelles l’entreprise est confrontée : le changement climatique, les sols argileux de son territoire et les enjeux liés à l’économie de l’eau. Gilles Béoustès explique comment il adapte son activité au quotidien.
Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de Piscines Bernard Béoustès et son organisation aujourd’hui ?
Gilles Béoustès : L’entreprise a été créée à Castelnau-d’Auzan en 1994 par mon père, Bernard, qui travaillait dans le secteur de la piscine depuis 1983. Ma mère, Muriel, qui tenait alors l’épicerie du village, a rejoint mon père afin de l’épauler sur la partie administrative dans un premier temps, puis à l’ouverture du magasin à Preignan en 1999. Ma sœur Élodie et moi avons intégré l’entreprise il y a une vingtaine d’années, avant de la reprendre officiellement au départ à la retraite de notre père, en 2016, puis de notre mère quelques années plus tard.
Aujourd’hui, Élodie s’occupe du point de vente et de la partie administrative, tandis que je me charge du commerce et de la gestion des chantiers. Nous intervenons principalement dans le Gers, dans un rayon d’environ 70 km autour de notre point de vente.
Nous sommes 17 collaborateurs et travaillons exclusivement dans le secteur de la piscine, toute l’année. Notre particularité est de réaliser les chantiers de A à Z, du premier coup de pelle jusqu’à la pose des margelles et de la terrasse, voire à la construction du pool house. Nous disposons pour cela de nos propres équipes de terrassement, de maçonnerie et de montage technique, ainsi que de notre matériel, notamment deux pelles mécaniques, ce qui nous permet d’être autonomes sur les chantiers.
Comment se répartit votre activité ?
La construction et la rénovation représentent environ 60 % de notre activité, le dépannage et l’entretien, 30 %, et le magasin, qui bénéficie d’une belle visibilité sur l’axe reliant Auch à Agen, 10 %.
Deux chantiers sur trois concernent des bassins neufs, le troisième étant une rénovation. L’entreprise construit aussi bien des piscines en coque polyester que des bassins en maçonnerie traditionnelle. Les coques représentent le plus gros volume, mais les projets maçonnés, généralement plus importants, pèsent également fortement dans notre chiffre d’affaires. En rénovation, les chantiers vont du simple changement de liner jusqu’à la transformation complète d’anciennes piscines de 12 x 6 m, parfois profondes de 3 m, comme on en construisait dans les années 1980 ou 1990. Nous pouvons alors changer les pièces à sceller, poser une membrane armée, ajouter un volet ou encore rehausser le fond.
Notre chiffre d’affaires reste stable depuis la période du Covid, entre 2,5 et 3 millions d’euros par an.
L’hiver, quand il pleut et qu’il fait froid, on est dehors ; l’été, quand il fait chaud, on est dehors aussi
Comment se déroule la saison 2026 ?
Très bien, et c’est même assez inespéré. Nous sommes à jour sur tous nos chantiers. Toute la partie gros œuvre et maçonnerie prévue avant les congés de l’équipe chantiers est terminée et, à partir du 15 août, il ne nous restera que quelques coques polyester à poser, conformément au planning (NB : entretien réalisé fin juillet 2026).
Le magasin connaît lui aussi une belle saison. La chaleur entraîne une consommation plus importante de produits de traitement et davantage de demandes d’analyses de l’eau, ce qui donne de bons résultats en termes de chiffre d’affaires et de marge.
De nombreux rendez-vous sont déjà programmés pour de nouveaux projets et notre planning est déjà rempli jusqu’à la fin de l’année. C’est rassurant de partir en congés en sachant que nos trois équipes de production ont déjà leur activité programmée pour les mois à venir. Ce n’est pas le cas tous les ans.
Vous avez pourtant connu un hiver particulièrement pluvieux. Comment avez-vous réussi à maintenir votre planning ?
Nous avons eu énormément de précipitations entre novembre et mars, mais notre organisation nous a permis de tenir les délais. Nous ne sous-traitons pas les travaux. Grâce à nos deux pelles mécaniques, nous pouvons commencer les chantiers dès que les conditions le permettent. Cette autonomie nous donne plus de souplesse. Si le terrain est trop humide et qu’il faut utiliser une pompe à béton pour acheminer le béton, nous le faisons. Cela représente un coût supplémentaire, mais cela nous évite de prendre du retard.
Sur les chantiers, certaines opérations sont plus dépendantes des conditions météo. Comment faites-vous pour vous adapter ?
Notre métier est difficile. L’hiver, quand il pleut et qu’il fait froid, on est dehors ; l’été, quand il fait chaud, on est dehors aussi. Le froid et l’humidité ne nous empêchent pas forcément de couler nos ouvrages béton. Nous trouvons généralement un créneau adapté et il existe des solutions permettant de couler à basse température. En revanche, lorsqu’il fait très chaud, les gros coulages deviennent plus compliqués. Il faut alors intervenir très tôt le matin. Les centrales à béton se sont elles aussi adaptées à ces contraintes.
Pour la pose des membranes, nous avons investi dans un abri de chantier gonflable qui nous permet de travailler toute l’année. En hiver, même lorsqu’il pleut ou qu’il gèle, nous pouvons le chauffer : avec 0 °C à l’extérieur, nous arrivons à environ 20 °C sous l’abri en un quart d’heure. Nos deux soudeurs peuvent ainsi travailler dans de bonnes conditions, et nous préparons les coupes de membrane à l’atelier.
En période de canicule, les techniciens souffrent, les engins aussi
Quelles autres solutions proposez-vous ?
Depuis huit ou neuf ans, nous proposons presque uniquement de la filtration à cartouche plutôt que des filtres à sable, afin de limiter les pertes d’eau liées aux lavages et aux rinçages. Pour les bassins avec un gros volume d’eau, nous installons parfois deux filtres à cartouche. Le coût reste comparable, mais la consommation d’eau est nettement réduite et les clients sont sensibles à cet argument.
Nous le précisons même dans nos déclarations préalables de travaux : la piscine sera équipée de ce type de filtration, sans rejet vers l’égout ni consommation supplémentaire liée aux lavages et rinçages d’un filtre à sable. Nous avons toujours l’accord des services de l’urbanisme sur ce point.
Nous installons également beaucoup de couvertures à barres. Nous sommes à la campagne, dans un environnement souvent arboré. Un volet roulant permet de conserver la température de l’eau et de limiter l’évaporation, mais protège moins bien le bassin des salissures végétales. La couverture à barres est donc souvent mieux adaptée à notre environnement.
Comment avez-vous géré les épisodes de canicule ?
Nous avons adapté les horaires dans la mesure du possible, mais ce n’est pas toujours simple. Il faut tenir compte des contraintes personnelles de chacun, mais aussi de celles des clients : certains salariés ne peuvent pas systématiquement commencer très tôt et les clients n’acceptent pas forcément les dépannages à 6h du matin. Sur les chantiers, le rythme de travail a forcément ralenti. En période de canicule, les techniciens souffrent, les engins aussi. Certains après-midis, nos pelles mécaniques surchauffent et nous devons les arrêter. Nous avons donc investi dans des petits barnums pliables pour créer des zones d’ombre sur les chantiers. Il va falloir qu’on s’adapte d’année en année.
Les fortes chaleurs ont-elles également un impact sur l’équilibre de l’eau ?
Oui. L’eau peut se déséquilibrer plus rapidement et le pH varier très vite. L’eau de la plupart des piscines atteint au moins 30 °C, parfois 32 ou 33 °C. Il faut donc être plus vigilant.
Les clients méticuleux, qui analysent régulièrement leur eau et disposent d’une filtration performante, ne rencontrent pas forcément plus de problèmes. En revanche, ceux qui étaient déjà un peu à la limite viennent plus souvent au magasin pour faire analyser leur eau. Nous effectuons d’ailleurs de plus en plus d’analyses. Elles sont gratuites pour nos clients, qui viennent aussi chercher du conseil et repartent, si nécessaire, avec les produits adaptés. Cela fait partie du service que nous leur apportons.
Nous avons gardé cette culture des ouvrages solides
Le Gers est particulièrement concerné par les sols argileux. Comment intégrez-vous ce risque dans vos constructions ?
Nous connaissons ces terrains depuis trente ans et nous adaptons nos ouvrages à leur nature, aussi bien en béton qu’en coque polyester. Nous n’imposons pas systématiquement une étude de sol pour un bassin classique. Son coût, autour de 1 500 euros, peut être difficile à faire accepter sur une piscine de 25 000 ou 30 000 euros, notamment si le client compare notre offre à celle d’un concurrent qui ne la demande pas. En revanche, pour un ouvrage important, c’est indispensable. J’ai actuellement un projet de bassin de 40 m de long pour lequel une étude de sol a été réalisée et nous avons adapté la conception à ses préconisations.
Sur les constructions courantes, nous appliquons également nos propres méthodes. Nous mettons systématiquement en place un hérisson de cailloux sous le bassin et, pour les coques polyester, des tubes PVC reliés au chaînage afin de renforcer la structure.
Nous appliquons ce principe sur tous nos chantiers, quel que soit le terrain. C’est une sécurité supplémentaire que nous intégrons à toutes nos constructions. Mon père construisait essentiellement des piscines maçonnées et nous avons gardé cette culture des ouvrages solides. Cela peut nous rendre un peu plus chers que certains confrères, mais nous assumons ce choix. Un client qui recherche uniquement le prix le plus bas ne travaillera probablement pas avec nous.
Comment est organisé le SAV dans votre entreprise ?
Le SAV constitue un métier à part entière en termes d’organisation. Trois techniciens sont dédiés à cette activité et nous en formons un quatrième. En pleine saison, le moindre retard peut décaler les rendez-vous suivants et il faut gérer à la fois les urgences, les déplacements et la facturation.
Nous intervenons sur nos piscines, mais aussi sur des bassins construits par d’autres. Des clients viennent régulièrement nous voir parce qu’ils ne parviennent plus à joindre le professionnel qui a réalisé leur piscine. Nous essayons alors de leur apporter une solution. Cette continuité de service est assurée même pendant les congés d’été : si la production s’arrête pendant trois semaines à partir du 15 août, les techniciens organisent un roulement pour assurer le SAV, tandis que le magasin reste ouvert.
Vous proposez également des contrats d’entretien. Ce service se développe-t-il ?
Nous tournons depuis longtemps autour de 45 à 55 contrats par an. Il s’agit principalement de résidences secondaires, assez nombreuses dans notre région, ou de clients qui veulent profiter de leur piscine sans avoir à s’en occuper. En saison, nous passons généralement deux fois par mois pour effectuer les analyses, les vérifications et l’entretien.
Nous pourrions développer davantage ce service, mais il faut pouvoir occuper les équipes sur l’ensemble de l’année. En pleine saison, un technicien est quasiment dédié à ces contrats, alors que les besoins diminuent l’hiver. Nos techniciens sont donc polyvalents et peuvent aussi venir en renfort des maçons ou des équipes de chantier.
Constatez-vous une évolution des demandes des clients en matière d’équipements ?
Non. Dans le Gers, nous sommes en milieu rural et avons encore la chance d’avoir des terrains assez grands. Nous construisons toujours des piscines de 8 ou 10 m, mais la majorité des demandes se situent autour de 7 ou 8 x 4 m, sur des bassins rectangulaires, faciles à entretenir.
Notre panier moyen, c’est une coque polyester de 7 ou 8 x 4 m, avec une couverture à barres, un bon robot automatique et, pourquoi pas, un électrolyseur au sel. Sur les projets maçonnés traditionnels, avec membrane armée et davantage d’options, les paniers moyens sont plus élevés.
Et concernant l’automatisation et les équipements connectés ?
Nous vendons des équipements qui peuvent être connectés, notamment des robots, mais beaucoup de clients ne les connectent pas. Nous ne sommes pas encore vraiment dans cette logique dans notre région. Nos clients recherchent surtout de l’automatisme simple, comme un électrolyseur au sel avec une régulation du pH. Sur le tout-connecté, nous avons très peu de demandes. Entre l’alarme de la maison, la voiture et tous les autres équipements, j’ai l’impression que les gens commencent à avoir beaucoup d’applications. Il faut également penser aux explications lors de la livraison. Notre technicien passe déjà beaucoup de temps à expliquer au client la filtration, le traitement de l’eau et son équilibre.
Quelle place occupe aujourd’hui le spa dans votre activité ?
Notre magasin s’étend sur 350 m² et comprend un showroom spa. Il y a quelques années, nous vendions entre 15 et 20 spas par an ; aujourd’hui, nous en vendons peut-être deux ou trois. Le marché s’est fortement ralenti.
Je pense que les consommateurs ont notamment associé le spa à un produit énergivore. Nous avons baissé les prix et un peu nos marges, mais la demande reste faible. Nous conservons malgré tout plusieurs modèles en exposition car il faut pouvoir le présenter aux clients.
Nous enregistrons aussi quelques demandes de saunas, mais cela reste limité. Aujourd’hui, le wellness n’est pas un moteur de notre activité.
Fiche d’identité entreprise :
Création : 1994
Effectifs : 17 collaborateurs
Surface du magasin : près de 350 m²
Activité : 60 % construction/rénovation, 30 % dépannage/entretien, 10 % magasin
Construction/rénovation : environ 2/3 neuf et 1/3 rénovation
Chiffre d’affaires : entre 2,5 et 3 M€ par an










