« J’peux pas, j’ai piscine » : et si cette plaisanterie / fausse excuse pouvait sauver des vies ? Car oui, très sérieusement, aller à la piscine — y avoir accès, apprendre à nager dans un environnement sécurisé — est un sujet qui a une vraie incidence sur la sécurité des populations.
Entre épisodes caniculaires et météo estivale, les températures élevées ont été, cet été encore, la cause directe de décès évitables. Parmi eux, les noyades. Elles ont eu lieu en majorité dans des espaces de baignade naturels (cours d’eau, lacs, mer) non surveillés, pris d’assaut quand le besoin de se rafraîchir devenait irrésistible. Or leur nombre aurait pu et pourrait être drastiquement réduit grâce à l’apprentissage de la natation et de l’aisance aquatique en piscine, des lieux de baignade parmi les moins accidentogènes dès lors qu’elle est surveillée.
Dans cet article, nous nous intéresserons aux :
1. Causes de noyades, chiffres et contextes associés, en France et dans le monde
2. Rôles que les piscines collectives et publiques ont à jouer
3. Bonnes pratiques et conseils de prévention que les pisciniers peuvent apporter
1. Des chiffres clés pour mieux comprendre le sujet des noyades
A. Quels sont les chiffres des noyades en France et dans le monde ?
Dans le monde, année 2024
300 000 : c’est l’estimation du nombre de morts par noyade en 2024 dans le monde.(1)
92 % de ces accidents ont eu lieu dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires, où les infrastructures et les ressources dédiées à la prévention sont souvent limitées. On a dénombré environ 15 000 décès par noyade en Europe contre 66 000 sur le continent africain, 83 000 dans la région de l’Asie du Sud-Est ou encore 84 000 dans celle du Pacifique occidental.
Si ces régions concentrent une part importante des décès en raison de leur poids démographique, elles affichent également des taux de mortalité par noyade plus hauts que les pays à revenus élevés. Ces drames sont imputables pour grande parte aux inégalités en matière de prévention, d’apprentissage de la nage, d’équipements et d’accès aux secours.
(1) Les chiffres des statistiques mondiales sont extraits du document Safer Waters, The advantages of swimming pools for water competency, édité par Pool Horizons.
France, été 2025
1 418 : c’est le nombre de noyades recensé à l’été 2025 en France, plus précisément sur la période allant du 1er juin au 30 septembre 2025(2). Parmi elles, 409, soit 29 %, ont été mortelles. Les chiffres sont en augmentation depuis 2024, qui déplorait 1 246 noyades, dont 350 mortelles.
Les victimes de ces noyades étaient à 57 % des adultes, 16 % des enfants de 6 à 17 ans et 27 % des enfants en bas âge (moins de 6 ans).
France, été 2026 (chiffres provisoires)
Au 15 juillet 2026, Santé Publique France recensait 925 accidents de noyade dont 274 mortels, soit une proportion de noyades suivies de décès de 30 %. 73 % des accidents et 79 % des décès ont eu lieu pendant les épisodes de vigilance canicule, qui ont représenté environ la moitié de la période du 1er mai au 15 juillet.
Au moment où nous clôturons ce numéro, fin août 2026, la ministre des Sports Marina Ferrari a confirmé le chiffre de 301 noyades suivies de décès, soit une hausse de 14 % par rapport à 2025.
B. Où se noie-t-on le plus en France ?
Les noyades ont lieu pour la majeure partie des cas dans des cours d’eau, lacs, étangs et en mer. Autrement dit, les accidents surviennent en milieu naturel, souvent non surveillé, dans des environnements potentiellement à risques : courants, profondeur importante, chute, blessure….
(2) Tous les chiffres concernant la France sont issus du Bulletin Noyades édité par Santé Publique France et le SNOSAN, publié le 5 mai 2026 sous le titre « Bilan final de la surveillance épidémiologique des noyades durant l’été 2025 ».
Pourcentage des noyades suivies de décès en France à l’été 2025, tous âges confondus
| Piscine privée familiale | 13% |
| Piscines collectives et lieux de baignade artificiels aménagés | 3% |
| Cours d’eau | 25% |
| Plan d’eau | 16% |
| Mer | 42% |
| Autres lieux (bassins, carrières…) | 1% |
Pourcentage des noyades suivies de décès en France à l’été 2025, 0-17 ans
| Piscine privée familiale | 21% |
| Piscines collectives et lieux de baignade artificiels aménagés | 7% |
| Cours d’eau | 32% |
| Plan d’eau | 26% |
| Mer | 11% |
| Autres lieux (bassins, carrières…) | 3% |
Pourcentage des noyades suivies de décès en France à l’été 2025, 18 ans et plus
| Piscine privée familiale | 12% |
| Piscines collectives et lieux de baignade artificiels aménagés | 2% |
| Cours d’eau | 24% |
| Plan d’eau | 14% |
| Mer | 48% |
| Autres lieux (bassins, carrières…) | 0% |
Quand on regarde la répartition des noyades entre les enfants et les adultes, on observe une différence. La mer est plus accidentogène chez les adultes. Les piscines, quant à elles, concentrent 21 % des noyades d’enfants, contre 12 % chez les personnes majeures.
Nous reviendrons sur les réflexes de sécurité à mettre en place pour éviter ces accidents dans la partie 3 : « Piscines privées : et si les pisciniers devenaient des acteurs de la prévention ? ».
C. Quelles sont les causes de noyade ?
L’une des premières causes de noyade est le manque de compétences aquatiques. Beaucoup de victimes ne savaient pas nager. D’autres pensaient savoir nager, mais soit elles ont surestimé leurs capacités soit elles n’ont pas su réagir dans une situation à risque (courants forts, immersion soudaine…).
En France, la dernière enquête en date, parue en 2017, révélait qu’un Français sur six ne savait pas nager(3).
Outre-Atlantique, la Croix rouge a établi qu’alors que 80 % des Américains déclaraient savoir nager, seulement 56 % d’entre eux étaient réellement capables de compétences essentielles comme flotter, faire du surplace pendant une minute ou nager environ 25 mètres sans s’arrêter(4). Cet écart entre la perception de ses capacités et le niveau réel de natation accroît le risque de noyade.
D. Comment éviter les noyades ?
Si l’une des premières causes de noyade est l’absence de compétences aquatiques, alors savoir nager devient un savoir-faire indispensable.
Les États ont un rôle majeur à jouer : celui d’apprendre à nager à tous leurs citoyens, des bébés nageurs aux seniors, en passant par tous les âges et profils existants. Les piscines publiques et collectives deviennent, dans cette perspective, des équipements de prévention incontournables.
Une autre cause des noyades, corrélée, est le manque de surveillance, que ce soit en eau vive ou dans le cadre d’une piscine. Se baigner en toute sécurité, c’est aussi le faire dans de bonnes conditions, avec un accompagnement adapté : une vigilance accrue pour un enfant ou une personne peu à l’aise dans l’eau, par exemple. Nous y reviendrons dans la troisième partie.
Si la majorité des noyades a lieu en dehors des piscines, ces dernières ne sont pas moins au cœur du sujet. En effet, en ce qui concerne les piscines publiques et collectives en particulier, elles offrent des espaces où se rafraîchir sans se mettre en danger dès lors que sont respectées les règles de sécurité. Elles sont aussi des lieux clés pour apprendre la nage et l’aisance aquatique, des compétences clés pour limiter les accidents.
(3) Source : enquête de Santé publique France (2017). Plus précisément, 16,3 % des 15-75 ans en France métropolitaine ne savent pas nager.
(4) Chiffres de 2014, étude réalisée par l’organisme American Red Cross.
2. Renforcer les rôles des piscines publiques et collectives : quels défis ? quelles pistes ?
Les piscines publiques (type piscines municipales) et les piscines collectives (piscines gérées par des établissements privés tels que les centres de vacances, l’hôtellerie de plein air, etc.) ont un rôle majeur à jouer dans la prévention des noyades : celui d’être le lieu d’apprentissage de l’aisance aquatique et de la nage.
A. Apprentissage de la nage : que dit la loi ?
Selon la loi française, tous les enfants devraient apprendre à nager. Cette décision date de 1879, mais 147 ans plus tard, elle demeure un vœu pieux. L’apprentissage de la nage à l’école est obligatoire, mais comment le mettre en œuvre quand il n’y a pas les infrastructures nécessaires ?
La FPP le souligne : « […] dans les faits, les inégalités sont flagrantes : selon les territoires, les enfants bénéficient d’un accès très variable à des créneaux en piscine, à des infrastructures de qualité ou à des encadrants formés. Cette inégalité territoriale et sociale est profondément injuste. Elle fait de la natation un privilège(5), alors qu’elle devrait être un droit. »
Au niveau mondial, le constat est d’autant plus alarmant que les législations diffèrent selon les pays, de même que les moyens. L’apprentissage de la nage est freiné par la non-accessibilité de piscines publiques : trop loin, trop chères, trop intimidantes, inadaptées. Les publics empêchés sont nombreux, pour de multiples raisons, aussi bien économiques que culturelles.
(5)« L’apprentissage de la nage : une urgence silencieuse qui mérite un plan d’action national », communiqué de presse du 22 juin 2026 de la FPP et de la Fédération française de Natation.
B. La piscine : un endroit où apprivoiser l’eau et ses dangers
Apprendre à nager présente un double bénéfice en matière de sécurité. Le premier, évident, est de réduire les risques de noyade, puisque l’on a acquis des compétences aquatiques.
Le second repose sur la prise de conscience des risques. C’est ce que révèle le rapport Safer Waters de Pool Horizons : « Lorsque les personnes comprennent les enjeux de la natation et de la sécurité aquatique, elles sont moins enclines à adopter des comportements à risques, comme nager seules ou sous-estimer les conditions de baignade. L’apprentissage de la natation favorise ainsi une véritable culture de la sécurité, en limitant les comportements qui sont souvent à l’origine des noyades. »
C. Qu’en est-il de l’accessibilité des piscines aujourd’hui ?
Le rapport Safer Waters de Pool Horizons liste les obstacles qui rendent la piscine inaccessible à une partie de la population à l’échelle internationale. L’analyse est aussi pertinente pour la France.
Obstacle n°1 : le coût
Apprendre à nager représente un coût que beaucoup de familles modestes ne peuvent pas se permettre : tickets d’entrée à la piscine, transports le cas échéant, équipement (maillot, lunettes de natation, bonnet de bain), cours de natation. De l’autre côté, l’entretien d’une piscine par une collectivité est également onéreux. Le prix des entrées et des abonnements suffit rarement à la rendre rentable, ou même a minima, à absorber les dépenses.
Comment dès lors se positionner ? Pour la FPP, « il est temps de changer de regard sur les piscines publiques. Trop souvent perçues comme des équipements coûteux, elles doivent être reconnues pour ce qu’elles sont réellement : des infrastructures de santé, d’éducation et de cohésion sociale. »
Si l’on va dans ce sens, il devient évident de repenser l’accessibilité avec des politiques tarifaires adaptées et, en promouvant les piscines, de faire de la natation une priorité nationale. Cela passera par plus de subventions, des programmes d’apprentissage de la nage gratuits ou à très bas coût et des initiatives solidaires.
Coup de projecteur sur le Fonds de dotation Piscine Éducation et Santé
Le Fonds de dotation Piscine Éducation et Santé a été créé en 2021 par la FPP. Sa mission est d’accompagner le développement de l’aisance aquatique dès 4 ans. Il participe ainsi activement à mettre en œuvre et financer des projets d’entités favorisant l’apprentissage de la nage, et ce, dans le cadre d’une convention signée avec le ministère chargé des Sports. Ces actions passent, entre autres, par le fait de faciliter l’accès aux piscines privées (plus de 3 millions en France) en complément du maillage territorial des piscines publiques. Elles englobent également de la prévention, avec la communication de messages de sensibilisation au grand public.
Obstacle n° 2 : la distance et l’amplitude horaire
Toutes les villes n’ont pas une piscine et, quand elles en ont une, tout le monde n’y a pas accès.
Les piscines publiques françaises en 4 chiffres clés (6)
- 4100 piscines publiques en France, soit 1 piscine pour 16 700 habitants
- 38 ans : l’âge moyen d’une piscine sur deux en France
- 1/3 des intercommunalités n’a pas de piscine
- 1/3 des intercommunalités dispose d’une piscine, mais ouverte seulement l’été
L’éloignement géographique empêchera, par exemple, une école d’intégrer la natation à ses enseignements. Le coût financier généré par le transport en car est difficilement supportable par l’école ou les familles. S’ajoute à cela une problématique de temps : s’il faut compter 30 min aller, 30 min retour, et le temps passé au vestiaire à l’entrée comme à la sortie, il reste très peu de temps fonctionnel sur un créneau horaire initial de 2 heures. Le sujet sera le même à titre individuel.
Restons sur la dimension temporelle, mais à travers un autre prisme. Pour que la piscine soit accessible, il faut aussi qu’elle soit ouverte sur des horaires adaptés et facilitateurs. Les piscines ont tout à gagner à proposer des horaires d’ouverture élargis et diversifiés afin de répondre aux contraintes de chacun. Des créneaux tôt le matin, en soirée ou le week-end facilitent l’accès des actifs.
Allons plus loin : des plages horaires réservées à des publics spécifiques, comme les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou les femmes, peuvent également être mises en place afin que chacun se sente accueilli dans un environnement adapté.
(6) Chiffres communiqués par la FPP lors de sa conférence de presse de printemps 2026 : « FPP : la filière piscine se mobilise pour apporter les bienfaits de l’eau au plus grand nombre »
Exemple inspirant : En Afrique du Sud, c’est la piscine qui vient aux habitants (Source : Pool Horizons)
Seuls 15 % des habitants d’Afrique du Sud déclarent savoir nager. La conséquence est sans appel : le pays déplore près de 1 500 accidents mortels de noyade chaque année. Le NSRI (National Sea Rescue Institute, institution comparable à notre SNSM) a donc décidé de rendre la nage plus accessible, en particulier aux communautés défavorisées, qui sont les plus touchées par les drames. L’organisme a imaginé et déployé des « Survival Swimming Centres », autrement dit des conteneurs maritimes transformés en piscines mobiles où s’enseignent les compétences aquatiques de base. L’objectif est de faciliter l’apprentissage de la nage et de sensibiliser aux bonnes pratiques de baignade.
Obstacle n°3 : la vétusté et le manque de moyens
Une piscine mal entretenue est une piscine non attractive. Un environnement qui apparaît comme vétuste, des équipements défectueux, des doutes sur la qualité de l’eau, des problèmes d’hygiène… : tout cela freine la fréquentation.
La rénovation permettra de faire revenir le public, et plus encore de rendre la piscine désirable à des personnes qui, jusqu’à présent, ne la fréquentaient pas. Il s’agira de repenser la politique d’inclusion de la piscine, de sécuriser et d’optimiser les espaces, et même d’inventer de nouveaux usages.
Obstacle n° 4 : l’inclusivité
Les personnes en situation de handicap ont trop rarement accès aux piscines publiques. Les équipements ne sont pas pensés pour elles. Or la piscine, comme tout espace recevant du public, doit agir pour l’inclusivité : installation de dispositifs d’accès aux bassins, tels que des rampes, des fauteuils élévateurs ou des entrées de plain-pied, aménagement de vestiaires adaptés, mise en place de cours de natation dédiés… Cela passera aussi par des équipements de sécurité comme des barres de maintien (mains courantes) ou des revêtements de sol antidérapants, qui sécuriseront également les seniors.
Obstacle n° 5 : le « nager ensemble »
L’eau est un environnement intimidant. Tout le monde ne se sent pas à l’aise à l’idée d’aller à la piscine. Pour beaucoup, au-delà de ne pas savoir nager, c’est une angoisse. Cet obstacle aussi doit être pris en compte.
Des bassins surchargés peuvent dissuader certaines personnes, par crainte pour leur sécurité ou faute d’espace pour pratiquer leur activité dans de bonnes conditions. Adapter les horaires à l’affluence et ouvrir les bassins sur des créneaux peu fréquentés est une réponse possible.
Une équipe et des maîtres-nageurs formés à la résolution de conflits, à l’accueil des publics diversifiés et aux pratiques inclusives sont indispensables pour prévenir d’éventuels problèmes de comportements inappropriés et pour créer un environnement sain.
Le dialogue est également un outil à ne pas sous-estimer : sondages auprès des usagers et des non-usagers, boîte à idées, réunions… Ouvrir la discussion est un excellent moyen de susciter l’engagement.
D. De la natation à la survie en milieu aquatique
Apprendre à nager est une chose. Être capable d’avoir les bons réflexes dans une situation inhabituelle ou inattendue en est une autre. Et cela s’apprend ! Les piscines sont le lieu idéal pour proposer des formations aux gestes de survie en milieu aquatique et développer des compétences utiles comme repérer les courants, réagir face à une dégradation des conditions météorologiques, porter assistance à un nageur en difficulté ou utiliser un dispositif de flottaison en situation d’urgence.
Pour les personnes amenées à se baigner en mer, lac ou rivière, où les conditions sont plus imprévisibles, ces apprentissages sensibilisent et sécurisent. Ils sont utiles pour elles, mais aussi pour leur entourage.
Construire de nouvelles piscines, rénover les anciennes, repenser leur organisation, créer de nouveaux usages, inclure des publics éloignés : les défis sont nombreux, mais surtout enthousiasmants. Ils mettent en lumière que l’équipement « piscine » n’est pas que sportif : ses bienfaits touchent aussi la santé, le vivre ensemble, l’inclusion et la prévention.
3. Piscines privées : et si les pisciniers renforçaient encore leur rôle d’acteurs de la prévention ?
Même si les accidents de noyade en piscines privées sont rares, il n’en reste pas moins qu’ils existent et sont évitables. Dans ce cadre, les professionnels de la piscine, et en première ligne, les pisciniers, ont un rôle essentiel à jouer : celui de la prévention.
En contact direct avec les propriétaires de piscine, ils sont les mieux placés pour les sensibiliser aux risques de la baignade. Entre comportement à adopter et équipements à installer, voici notre liste de bonnes pratiques à faire connaître.
Bien sûr, ceux-ci sont également valables dans tous les environnements : mer, rivière, plan d’eau…
A. Rien ne remplace la vigilance humaine
Si le sujet de la prévention des noyades devait se résumer en un mot, ce serait celui-ci : surveillance. Elle est une condition sine qua non à toute baignade, surtout pour un enfant. La règle universelle devrait être la suivante : quand un enfant se baigne, il doit être surveillé par un adulte attentif, pleinement présent et responsable. Si cette personne doit s’absenter, même quelques secondes, elle doit se faire remplacer. Rappelons-le : 20 secondes suffisent pour qu’un drame survienne.
Connaissez-vous Vigiplouf, l’initiative de la FPP ?
Vigiplouf est un kit à destination des enfants. Remis par les pisciniers (7), il promeut les bons comportements dans l’eau et aux abords d’une piscine. Le kit comprend deux drapeaux, un vert pour autoriser la baignade et un rouge pour l’interdire, un brassard à donner à l’adulte chargé de la surveillance, un cahier pour l’enfant et une plaquette explicative des bons gestes pour ses parents. Si l’adulte qui porte le brassard doit s’absenter ou s’il est distrait par une conversation, il confie le brassard à un autre adulte, pleinement présent auprès de l’enfant.
(7) Pisciniers, si vous souhaitez distribuer des kits Vigiplouf, rapprochez-vous de la FPP.
B. Les bons accessoires font les baignades sereines
L’idéal reste que l’enfant apprenne le plus tôt possible à nager. Toutefois, s’il ne sait pas nager ou s’il n’est pas encore à l’aise dans l’eau, un équipement de sécurité est indispensable. Brassards, maillot de bain avec flotteurs ou dispositifs de flottement conformes à la norme EPI sont nécessaires, et ce, même quand l’enfant est aux abords de la piscine. Attention : la bouée est utile, mais pas suffisante !
La bonne pratique est également d’avoir à portée de main des accessoires pour agir immédiatement :
- perche,
- bouée,
- téléphone portable pour appeler les secours (18 ou 112).
NB : Les équipements de sécurité ne remplacent pas une surveillance humaine. Ce n’est pas parce que l’enfant porte ses brassards qu’il peut rester seul dans une piscine.
C. La baignade implique une condition physique adaptée
Chez les adultes, les noyades sont souvent causées par des problèmes de santé. Les personnes épileptiques ont 15 à 19 fois plus de risques de se noyer que le reste de la population(8). De même, les crises cardiaques comptent parmi les causes fréquentes de décès en milieu aquatique, en particulier chez les adultes d’âge moyen pratiquant des activités aquatiques intenses(9).
Autrement dit, ce qui vaut pour les plus jeunes vaut pour les adultes : on ne se baigne pas seul, sans possibilité d’assistance. On se baigne entouré.
(8) Bell et al., 2008.
(9) US Coast Guard, 2019.
D. L’alcool et la baignade ne font pas bon ménage
Les risques augmentent dès lors qu’il y a consommation d’alcool. Un état d’ébriété, même léger, influence le jugement, l’équilibre, la coordination et le temps de réaction. Le danger augmente pour la personne alcoolisée, mais aussi pour son entourage, car cette dernière ne sera pas apte à porter secours en cas d’urgence.
Enfin, l’alcool, même en petite quantité, augmente les risques d’hypothermie, ce qui peut, là encore, être une source d’accident.
E. Chaque piscine doit être sécurisée
La loi du 3 janvier 2003 impose aux propriétaires de piscines privées familiales enterrées ou partiellement enterrées de se munir d’un système de protection aux normes. Il peut s’agir de :
- barrières souples ou rigides (norme NF P 90 306) ;
- alarmes par immersion (norme NF P 90 307-1 et conformité au décret 2009-873 du 16 juillet 2009) ;
- couvertures de sécurité (norme NF P 90 308), c’est-à-dire couvertures automatiques, fonds mobiles, couvertures à barres, bâches tendues au-dessus des margelles ;
- abris de piscine (norme NF P 90 309) hauts ou bas, télescopiques, relevables…
Focus sur l’obligation de conseil des pisciniers
En tant que professionnel, le piscinier a la responsabilité d’informer ses clients de la loi sur la sécurité des piscines privées. À la construction, à la rénovation ou en intervention, il doit indiquer au propriétaire de la piscine que l’installation d’un système de protection aux normes est obligatoire. Le mieux est de garder une trace écrite de cette préconisation explicite (une ligne sur un bon de commande, par exemple). Le client pourra choisir de passer par son piscinier pour effectuer l’installation ou décider de le faire par d’autres moyens, auquel cas le piscinier lui remettra une note technique avec décharge. Si, lors de l’intervention suivante, il note que le client n’a pas fait installer de dispositif de protection, il lui rappellera ses obligations via un courrier recommandé avec accusé de réception.
Pour en savoir plus sur la responsabilité du piscinier et les bons usages en la matière, replongez-vous dans notre article « Absence ou défaillance de dispositif de sécurité : la responsabilité du piscinier engagée ? ».
Pour les piscines hors sol, l’échelle doit être sécurisée (relevable ou coffrable).
La sécurisation passera aussi par de bons réflexes post-baignade, comme le fait de systématiquement retirer tous les jouets de l’eau (pour que l’enfant ne soit pas tenté de les récupérer) et de verrouiller le bassin.
Toutes ces recommandations relèvent de l’expertise du piscinier et, plus encore, de son devoir de conseil. En tant que professionnel de confiance, non seulement sa parole compte, mais l’État compte aussi sur lui pour veiller à la bonne sécurité des usagers d’une piscine privée. Bonnes pratiques, comportements à adopter, équipements de prévention : il vous appartient, pisciniers, de contribuer activement à sécuriser les piscines de vos clients.
Où se familiariser avec l’eau dans un cadre sécurisant ? En piscine.
Où apprendre à nager ? En piscine.
Où se rafraîchir l’été ? En piscine.
La piscine est un équipement très apprécié, mais peut-être pas encore estimé à sa juste valeur. Si la piscine (collective, publique et privée) est perçue comme un espace de loisirs, elle a beaucoup d’autres atouts à offrir. Elle est en effet un formidable outil de prévention, d’apprentissage et de vivre ensemble. Elle est un lieu où chacun peut ressentir le plaisir de l’eau, en toute sécurité, se rassurer et gagner en confiance. Elle est un lieu où l’on apprend des compétences qui, en aucun cas et dans aucun monde, ne devraient être un luxe.
Merci à la FPP, à la Fédération française de Natation (FFN), à Santé Publique France et au SNOSAN (Système national d’observation de la sécurité des activités nautiques) pour leurs analyses, enquêtes et statistiques sur la piscine et la baignade en France.
Merci à Pool Horizons, et plus précisément au groupe de travail « Water and Safety », pour son passionnant livre blanc « Safer Waters – The advantages of swimming pools for water competency ».











