Pour compléter notre table ronde sur les défis de l’eau, nous avons donné la parole à Nathalie Saget, directrice générale de Diffazur Piscines.
EP : Lors d’un podcast auquel Diffazur a participé a été évoqué le sujet de la piscine et de la biodiversité. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
« Il n’existe pas d’étude spécifique sur le retour de la biodiversité autour des plans d’eau, car aucune n’a encore été menée. Certains évoquent le problème de la présence de chlore dans l’eau. En réalité nous avons longtemps copié le modèle des piscines collectives pour les piscines privées, alors que leurs besoins diffèrent. Si l’on se réfère à la norme, une concentration en désinfectant comprise entre 0,5 et 1 ppm est largement suffisante pour les piscines privées. L’eau d’une piscine bien entretenue va contenir peu de désinfectant. Pour comparaison l’eau du robinet peut contenir jusqu’à 0,5 ppm de chlore.
Et quand on est propriétaire d’une piscine, on constate que la biodiversité y trouve son compte : on observe la présence d’insectes comme les libellules, ou d’oiseaux ou autres animaux domestiques qui viennent s’y abreuver. »
Quels sont les autres avantages des piscines privées ?
« La piscine constitue un véritable îlot de fraîcheur. En milieu urbain, face à la hausse des températures, les municipalités déploient des politiques de végétalisation pour rafraîchir l’air, une démarche à laquelle la piscine contribue.
Les piscines participent activement à la gestion de l’eau
Grâce aux travaux de la Fédération et à son calculateur d’eau, on observe que les piscines participent activement à la gestion de l’eau, notamment via les bacs de rétention des eaux de débord. On ne se rend pas compte, souvent, que la piscine constitue une garde d’eau, y compris dans le sud de la France. Un bassin de taille standard peut ainsi amortir les effets d’une tempête en absorbant les eaux de pluie. Par exemple, une marge de 10 à 15 cm avant débordement sur une surface de 32 m² permet de recueillir environ 3,2 m3 d’eau. Elle joue donc un rôle tampon, évitant le ravinement des sols et la dégradation des espaces naturels.
Enfin, le calculateur démontre également l’importance de limiter l’évaporation grâce à l’installation d’une couverture ou d’un abri.
Les piscines peuvent contribuer à la lutte contre les incendies en permettant aux pompiers de réaliser des rotations rapides grâce aux 30 à 40 m³ qu’elles contiennent en moyenne. En comparaison, un canadair transporte 4 à 6 m3 d’eau par rotation, et un camion pompier de 3 à 8 m3 selon sa taille. De nombreux témoignages confirment cet usage, notamment dans le Sud où, malgré une plus forte évaporation, la piscine reste une réserve d’eau utile.
Les piscines peuvent contribuer à la lutte contre les incendies
Il est également regrettable de constater que l’utilisation de l’eau est souvent mal gérée. Certains maires commencent à imposer des restrictions ou des limitations d’urbanisme faute de réseaux adaptés pour couvrir les besoins en eau dans des zones où la population a augmenté. Cela nécessite des investissements importants que les communes négligent parfois pour des considérations électorales. D’autant que la réglementation autorise jusqu’à 30 % de fuites sur le réseau de distribution d’eau potable, ce qui est énorme et représente l’équivalent de plusieurs remplissages de piscines !
Dans tous les cas, l’eau s’évapore, mais elle n’est pas perdue : elle réintègre le cycle naturel de l’eau. On ne peut donc pas soutenir que l’eau manque aux administrés tant que les réseaux ne sont pas entretenus.
Si on établit une comparaison avec d’autres usages, on constate par exemple que l’arrosage du gazon représente une consommation d’eau particulièrement importante. Pour 50 m² de pelouse arrosée pendant 183 jours à raison de 5 litres/m², la consommation atteint près de 50 m³ !
C’est sans commune mesure avec celle d’une piscine, qui joue en outre un rôle social.
La piscine constitue un espace de détente et de rafraîchissement […] qui permet de réduire son empreinte environnementale
La piscine constitue aussi un espace de détente et de rafraîchissement. C’est une véritable pièce de vie qui limite les départs en vacances et, par conséquent, les émissions de CO₂. Elle évite à ses utilisateurs de prendre la voiture pour aller à la mer et réduit le besoin de se doucher au retour, réduisant ainsi leur empreinte environnementale et leur consommation de carburant.
Elle favorise également le regroupement familial et l’apprentissage de la nage, souvent initié dans le cadre familial.
Et grâce aux technologies actuelles (nettoyage automatisé, traitement simplifié, bassins moins profonds…), l’utilisation de la piscine est devenue plus facile et confortable, mieux adaptée à la demande et aux conditions environnementales. »
Est-ce que les clients sont aujourd’hui plus sensibles à ces arguments ?
« La piscine reste un achat plaisir, mais les clients sont désormais plus attentifs à leurs choix. Les pompes à vitesse variable devraient êtreinstallées plus souvent, mais leur prix freine encore certains acheteurs. Il en va de même pour la domotique, dont les clients peinent à percevoir l’intérêt à court terme, ce qui traduit également un clivage générationnel.
Lorsqu’on se fait plaisir, on veut aller au bout de sa démarche : le fait que le produit soit davantage écoresponsable ou fabriqué en France est un argument qui compte.
L’écologie punitive ne fonctionne pas ; il s’agit plutôt d’éduquer les Français aux bons gestes. Cela ne peut se faire que progressivement, par le biais de solutions concrètes. La piscine a déjà beaucoup évolué dans ce sens, avec des bassins plus petits et plus ludiques pour s’adapter aux modes de vie actuels. C’est un produit désormais plus familial.
Cette évolution s’observe également chez les professionnels, qui ont pris conscience de l’importance d’adapter leur discours aux enjeux actuels. Quant aux propriétaires, ils constatent les effets positifs d’une piscine au quotidien. »







