À la tête de Saint-Raphaël Piscine Plomberie (SRPP), Thomas Ilbert revient d’une expérience aux Antilles avec une vision transformée. Entre restructuration interne, rachat de société de maintenance et réaménagement de son showroom, il nous fait part des défis et de son analyse pour l’année 2026 : recrutement, qualité de service et résilience face à un marché en mutation. Rencontre.
Votre parcours est marqué par une double expertise, technique et entrepreneuriale. Comment êtes-vous « tombé » dans le bassin ?
Tout a commencé par la gestion technique en collectivité. Il y a une vingtaine d’années, j’étais responsable technique dans un camping, où je supervisais les intervenants extérieurs. Un de mes sous-traitants, qui souhaitait se développer, m’a confié la gestion d’un magasin. J’avais le bagage technique, mais j’ai dû tout apprendre du métier de pisciniste sur le terrain. Après cinq ans, j’ai franchi le pas de l’indépendance. La société SRPP est née en 2021, avec une volonté initiale de coupler la piscine à la plomberie pour mieux verrouiller les appels d’offres. Aujourd’hui, avec 20 ans de métier, je reviens à l’essentiel : la technicité pure et le service premium.
Vous opérez actuellement une profonde restructuration de votre modèle. Pourquoi délaisser la « mono-activité » de construction ?
Le marché est devenu volatil. Se reposer uniquement sur la construction ou la grosse rénovation est risqué, car ces activités sont en dents de scie, soumises aux aléas des PLU, des restrictions de mairies et des budgets fluctuants. Ma stratégie actuelle est de créer des « vases communicants ». Nous consolidons quatre piliers : construction, rénovation, équipement et entretien.
L’objectif est de ne plus être ébranlé par une baisse ponctuelle d’un secteur. C’est pour cela que nous développons massivement les contrats d’entretien. C’est un socle fiable. Nous sommes en train de racheter une société de maintenance à Fréjus pour mailler le territoire. Je préfère plusieurs petites unités spécialisées et agiles, gérées comme un mini-GIE (Groupement d’Intérêt Économique), plutôt qu’une seule structure lourde et impersonnelle.
Les indicateurs sont au vert, mais la situation reste fragile
Quel regard portez-vous sur la santé actuelle du marché ?
Les indicateurs sont au vert, mais la situation reste fragile. On sort d’une période de « peur » instillée par le climat macroéconomique, où les clients, même fortunés, ont parfois redirigé leurs investissements vers d’autres plaisirs. Pour 2026, je vois un regain d’activité, mais il faut être prudent.
Dans notre secteur de Saint-Raphaël et Fréjus, on voit ressurgir des comportements que je combattais il y a 15 ans : des nouveaux entrants qui cassent les prix pour se faire un nom.Face à cela, la seule réponse est le professionnalisme. Je dis souvent à mes clients : « Ce n’est pas le temps que je passe chez vous que vous payez, c’est l’expertise. » La qualité de service doit être optimale. Quand certains mettent 15 jours à répondre, nous nous imposons une réponse sous 48h. C’est ce qui sécurise une base client sur le long terme.
Vous avez passé trois ans à développer des affaires aux Antilles avant de revenir en métropole. Que retirez-vous de cette expérience ?
C’était un défi autant personnel que professionnel. J’ai touché du doigt l’import-export, le sourcing et une autre culture du travail sur une « feuille blanche ». J’en suis ressorti riche d’expériences, mais avec une certitude : la piscine reste un métier d’artisan-technicien. On peut mettre les meilleurs managers issus de grandes entreprises, s’ils n’ont pas les « mains dans le cambouis » et la connaissance hydraulique ou chimique, ils perdent toute crédibilité face au client. Ce retour en métropole est celui de la consolidation. Je veux « ceinturer » mon marché local, non pas pour devenir un « géant », mais pour être le référent incontesté en termes de fiabilité.
Le recrutement est le cri du cœur de la profession. Comment gérez-vous cette pénurie de techniciens ?
C’est le plus gros frein. Aujourd’hui, on trouve des gens qui se disent piscinistes parce qu’ils savent mettre un galet de chlore dans un skimmer. C’est déplorable. Le calcul hydraulique, la chimie fine, le respect des normes… tout cela se perd. Je préfère recruter des profils qui ne viennent pas du monde de la piscine pour les former « à mon image ».
C’est un coût social et financier énorme pour une PME, mais c’est le seul moyen d’assurer la pérennité de notre savoir-faire. Nous misons aussi sur l’alternance, même si la mentalité des jeunes générations a évolué : ils cherchent souvent plus de confort que de terrain. Il faut savoir s’adapter à ce nouveau paradigme managérial.
Vous êtes en train de réaménager votre showroom à Saint-Raphaël. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous avons 200 m² de showroom que nous souhaitons transformer en un espace de service premium. L’idée n’est pas d’avoir un magasin de passage, mais un lieu d’accompagnement sur mesure : on revient à l’essentiel, à la qualité, au service et au conseil d’expert. Les clients ont besoin d’être rassurés. Les tutos YouTube ont leurs limites ; quand l’installation est complexe, ils reviennent vers l’artisan.
Mon objectif pour 2026 est de recruter un responsable de magasin que je formerai pour offrir cette réactivité et ces compétences techniques qui peuvent faire défaut chez nos concurrents.
Un prix doit être le reflet de la compétence, et non de la tête du client ou de la voiture stationnée dans son garage
Quelle est votre vision sur l’évolution actuelle de votre profession ?
Je regrette l’individualisme forcené de notre métier. J’ai longtemps prôné une approche plus collective, notamment pour regrouper les achats ou échanger sur les bonnes pratiques, mais les mentalités restent fermées. Mon conseil est simple : soyez authentique et sincère. Un prix est un prix, il doit être le reflet de la compétence et non de la tête du client ou de la voiture dans son garage.
En maintenant cette éthique et en se structurant pour offrir un service après-vente irréprochable, nous n’avons rien à craindre des « casseurs de prix » éphémères. 2026 sera l’année du changement pour ceux qui oseront prendre les virages stratégiques maintenant.
Fiche de l’entreprise
Création Entreprise : 2021
Effectif en restructuration : avec la fusion des entreprises pour fin année. La société SRPP est composée de 3 techniciens piscine, 1 Directeur commercial (Ilbert Thomas) , 1 directeur Technique (mon associé Aurele Bischoff) , 1 technicien spécialisé dans le revêtement polyester.
CA 2025 : pour SRPP uniquement : 430K
Partenaires : Aello, Mareva, NextPool, Abriblue, Pool Technologie, SCP, CEC , Hydralians.
Réseaux : Futur fusion avec la licence de marque Bleu Pool avec antenne showroom complémentaire pour mettre en avant Bleu pool dans la ville et promouvoir la marque dans la région.












