Sous la pression d’un stress hydrique chronique et de coûts énergétiques volatils, la fédération espagnole (ASOFAP) et les experts du secteur ont déployé une feuille de route axée sur l’efficience technologique et la transformation des usages professionnels.
Sources : Etude Instituto Español de Analistas / Fluidra – Baromètres ASOFAP – Piscinas Hoy
Le travail entrepris par la filière espagnole
L’ASOFAP travaille sur plusieurs axes pour engager le secteur de la piscine espagnol vers une piscine basse consommation et valoriser les efforts et engagements de ses acteurs.
Économie : professionnaliser, protéger et promouvoir
- Certification officielle (cf. « Une certification professionnelle pour l’entretien des piscines en Espagne » – Enjeux Piscine n°8 / Juin-Août 2025)
- Formation professionnelle et professionnalisation (meilleurs salaires, qualité et outils…)
- Lutte contre l’exercice illégal de la profession
- Promotion de la valeur sociale de la piscine : bénéfices, durabilité…
- Lobbying vers les pouvoirs publics et les administrations
- Harmonisation réglementaire entre les régions espagnoles
- Journées techniques et de réseautage (networking)
- Convaincre les clients de faire appel à un professionnel
Eau et énergie : faire évoluer les pratiques et promouvoir certains équipements
| Eau | Énergie |
|---|---|
| – Ne pas vider la piscine – Bassin étanche et sans fuites – Système de filtration efficace (équipements et médias filtrants) et lavage des filtres – Utilisation de couvertures – Automatisation, contrôle et surveillance à distance – Récupération de l’eau de pluie et systèmes de réutilisation de l’eau – Minimiser la consommation de produits chimiques | – Pompes à vitesse variable – Pompes à chaleur efficaces – Éclairage LED et utilisation de capteurs et minuteries – Optimiser les temps de filtration – Utilisation de logiciels et d’applications pour une gestion énergétique efficace – Couvertures thermiques – Énergie solaire |
La gestion de l’eau : un impératif, en 3 mesures phares
En Espagne, la gestion de l’eau n’est plus une simple option technique mais un véritable impératif de survie pour la filière. Face à un stress hydrique croissant, la stratégie repose désormais sur une remise en question complète du cycle de vie du bassin, depuis son remplissage initial jusqu’à sa maintenance quotidienne.
C’est dans cette optique de durabilité que s’inscrit le rapport de référence « Chaque goutte compte : L’eau et les piscines », publié par le groupe Fluidra, en collaboration avec « L’Instituto Espanol de Analystas ». Ce document analyse les leviers concrets permettant de transformer la gestion des bassins pour répondre aux nouvelles exigences environnementales. L’objectif de cette synthèse est d’identifier les meilleures pratiques à adopter, en classant chaque mesure selon son impact – élevé ou faible – afin d’offrir une feuille de route claire aux professionnels, aux gestionnaires de piscines et aux particuliers pour réduire drastiquement leur consommation d’eau.
Voici les axes prioritaires de cette mutation :
1. Remplissage : en finir avec la vidange annuelle
Comment réduire la consommation d’eau du réseau public pour le remplissage et la remise à niveau de la piscine ?
| Élément | Impact | Observations |
|---|---|---|
| Entretien de l’eau de la piscine durant toute l’année | Élevé | Un entretien correct permet de ne remplir la piscine complètement qu’une seule fois, sans avoir besoin de la vider et de la remplir périodiquement chaque année. Le fait de ne pas vider la piscine hors saison peut représenter des économies de consommation d’eau annuelle supérieures à 30 %. |
| Systèmes de récupération de l’eau de pluie | Élevé | La réutilisation et l’exploitation correcte de l’eau de pluie peuvent réduire de manière très significative la demande en eau du réseau pour l’entretien des piscines. Cela dépend du niveau de précipitations annuel, du dimensionnement du système d’eaux pluviales et des réglementations locales. Remplir le bassin avec un pourcentage d’eaux pluviales implique une réduction directe de la dépense d’eau pour le maintien du niveau par appoint selon un ratio de 1 :1. |
| Autres sources d’eau (puits, dessalinisateurs) | Élevé | Cette solution nécessite de disposer des permis de captage correspondants, de s’assurer que l’eau répond aux exigences sanitaires et qu’elle pourra être ultérieurement rejetée dans le réseau d’assainissement. |
L’une des mesures phares préconisées est le maintien de l’eau dans le bassin tout au long de l’année. Un entretien rigoureux hors saison doit permettre d’éviter le vidage et le remplissage périodique. Cette pratique génère une économie directe supérieure à 30 % de la consommation d’eau annuelle. Pour garantir la viabilité de cette solution, s’assurer de l’étanchéité absolue du bassin est devenu une priorité absolue au moment de la construction.
2. Entretien et appoint : la bataille contre l’évaporation
Comment réduire les pertes d’eau par évaporation, fuites et usages ?
| Élément | Impact | Observations | |
|---|---|---|---|
| Réduction des pertes d’eau par évaporation | Couvertures (volets, bâches, télescopiques) | Élevé | Réduit jusqu’à 95 % les pertes d’eau par évaporation lorsque la piscine est couverte. Hors saison (8 mois) : couverture 100 % du temps. En saison (4 mois) : couverture entre 50 et 70 % du temps selon le type de couverture (manuelle, automatique…). Les pertes par évaporation sont alors réduites de 85 %. |
| Autres couvertures (liquides, bulles, etc.) | Faible | Efficacité des couvertures liquides inférieure à 15 %. Les couvertures à bulles dépendent de la surface effective couverte et de leur utilisation plus complexe. | |
| Réduction des pertes d’eau par fuites | Identification et réparation des fuites | Élevé | Conditionné à une suspicion de fuite réelle. Une identification et une réparation précoces ont un impact élevé sur la consommation d’eau. |
| Réduction des pertes liées à l’usage de la piscine | Conception de la piscine | Faible | Les grilles, les goulottes et bacs tampon peuvent agir comme collecteurs d’eau de débordement lors de l’usage du bassin. |
| Douches de jardin | Faible | Utiliser des douches avec un débit < 6 L/min peut représenter 20 % d'économie par rapport à la consommation des douches traditionnelles. |
L’évaporation reste la principale source de perte d’eau en Espagne. L’installation de couvertures est désormais au cœur de l’offre commerciale.Une couverture déployée réduit jusqu’à 95 % les pertes par évaporation. Présent dans 55,7 % des projets, c’est le produit durable le plus vendu en 2024.
3. Technologies de filtration : comment réduire la consommation d’eau pour le lavage de filtres ?
| Élément | Impact | Observations |
|---|---|---|
| Filtre à cartouche | Élevé | La fréquence du lavage dépend du dimensionnement de la cartouche et de leur nombre. Il existe des modèles autonettoyants, mais l’usage habituel consiste à nettoyer la cartouche au jet d’eau sous pression. Cela génère des économies pouvant atteindre 80 % par rapport au lavage d’un filtre à sable. |
| Filtre à média régénératif (diatomées, perlite) | Élevé | Ces filtres se distinguent par leur capacité à réutiliser le média filtrant plusieurs fois avant un remplacement complet. Lorsqu’il ne peut plus retenir les impuretés, le média est remplacé. Le volume d’eau utilisé pour le lavage est bien inférieur à celui des filtres à sable traditionnels, permettant des économies jusqu’à 90 %. |
| Lavage par air en filtre conventionnel | Moyen | Technique souvent utilisée dans les filtres de grandes dimensions pour piscines publiques. Elle utilise l’air à contre-courant pour mobiliser la saleté retenue par le filtre, puis l’eau comme moyen de transport vers l’égout. On peut obtenir des économies d’eau supérieures à 30 %. |
| Médias granulométriques efficients (verre) | Moyen | Média filtrant utilisant des granulés de verre recyclé, parfois soumis à des traitements pour améliorer l’efficacité de rétention. Ils aident à réduire la fréquence des lavages et nécessitent moins d’apport d’eau pour cette opération. L’économie se situe généralement autour de 20 %. |
| Automatisation du lavage de filtres | Bas | L’automatisation permet de réduire la consommation d’eau en adaptant le rythme et la durée des lavages. |
| Robot nettoyeur électrique | Moyen | L’action du robot permet de réduire le besoin en contre-lavage et leur durée. |
| Lavage avec des eaux pluviales | Élevé | A un impact direct sur la consommation d’eau du réseau (ratio 1 :1) en utilisant de l’eau de source pluviale. |
| Eau d’arrosage | Moyen-haut | Selon la réglementation (ndlr : en Espagne) et selon la teneur en substances chimiques et sel de l’eau, elle peut être employée pour l’arrosage des espaces verts. Dans tous les cas, éviter l’arrosage par aspersion et les zones de contact avec les personnes. |
Le lavage des filtres est, d’après le rapport, un point critique de consommation d’eau. L’ASOFAP promeut l’usage de certains équipements :
- Filtres à cartouche : ils permettent de réduire jusqu’à 80 % l’eau nécessaire au nettoyage par rapport à un filtre à sable traditionnel.
- Médias régénératifs (diatomées, perlite) : ces systèmes poussent l’efficience encore plus loin avec des économies d’eau atteignant 90 %.
- Verre filtrant : l’usage de verre recyclé améliore la finesse de filtration et réduit la fréquence des lavages de 20 %.
Énergie : l’avènement de la piscine « Smart & Low-Carbon »
Le deuxième pilier de l’adaptation espagnole concerne l’efficacité énergétique. L’objectif est de réduire les coûts d’exploitation tout en répondant aux nouvelles normes environnementales via :
1. La généralisation de la pompe à vitesse variable
Pour l’ASOFAP, le passage de la pompe mono-vitesse à la pompe à vitesse variable est le levier d’économie le plus immédiat.
- Près de 50 % des projets intègrent désormais cette technologie.
- Elle permet d’ajuster précisément le débit aux besoins réels (filtration, chauffage, nettoyage), réduisant drastiquement la facture d’électricité.
2. Pilotage intelligent et connectivité
La digitalisation (IoT) n’est plus vue comme un gadget mais comme un outil d’efficience.
- L’automatisation et l’Internet des Objets (IoT) progressent avec une valorisation de 12,7 % dans les tendances actuelles.
- Ces systèmes permettent de monitorer en temps réel les cycles de filtration et de détecter les fuites avant qu’elles ne deviennent critiques.
3. La transition vers les énergies renouvelables
La fédération encourage activement l’hybridation énergétique des installations :
- Utilisation accrue des pompes à chaleur « haute efficacité » (49,8 % de demande).
- Intégration de l’énergie solaire pour alimenter les équipements techniques.
- Déploiement d’éclairages LED à basse consommation, devenus un standard dans 53,7 % des installations
La contrainte environnementale : un catalyseur d’innovation et de croissance ?
Avec un indice de confiance des entreprises projeté à 43 points pour 2025 * (Cf. Marché de la piscine en Espagne : entre résilience économique et impératif écologique » – Enjeux Piscine n°11 / Fév./Mars 2026), signant un véritable retour aux niveaux pré-pandémie, la filière espagnole démontre que les défis environnementaux sont devenus les principaux moteurs de développement de son marché.
| Usage de l’eau en Espagne | Millions de m3 | % sur le total | % sur l’usage municipal |
|---|---|---|---|
| Total de l’eau extraite | 29 023 | 100 | – |
| Usage agricole | 19 268 | 66,39 | – |
| Usage industriel | 5 514 | 19,00 | – |
| Usage municipal | 4 243 | 14,61 | 100 |
| Piscines | 28,6 | 0,10 | 0,67 – 0,90 |
Cependant, l’ASOFAP souligne que cette métamorphose ne pourra aboutir sans un renforcement massif du capital humain. Alors que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée constitue le premier frein pour 28,9 % des entreprises, la fédération milite pour la création de certifications et de diplômes officiels garantissant la parfaite maîtrise des nouvelles technologies durables.
Ce positionnement stratégique s’accompagne d’une communication proactive face aux restrictions municipales : le secteur rappelle fermement que les piscines ne pèsent que pour 0,1 % de l’eau totale prélevée en Espagne et moins de 1 % de la consommation municipale.









